Ioudgine : “Fuir Cannes, c’est pas mon genre”

Salut mec,

Je voulais pas en arriver là Loïc, mais je crois que je vais te parler météo. Crois-moi, j’ai tout fait pour l’éviter – allant même jusqu’à envisager d’aller voir des films – mais il faut se rendre à l’évidence : plus personne n’en a rien à foutre de la Palme, les pronostics ne concernent plus que la pluie et le vent.

“- T’as vu le film sur le tourisme sexuel ?
- Ouais… Horrible.
- Mais t’as vu comme il fait BEAU dedans !
- Certes, mais dans le Audiard, il y a de belles éclaircies.
- Et dans le Resnais, ils sont au sec…
- Franchement je sais pas qui va gagner…
- Moi non plus…”

Et pourtant, c’est si chouette la pluie à Cannes, moi j’adore ça. Me caler en terrasse, regarder les brushings qui s’effondrent, les smokings de location qui rouillent et surtout, le plus rigolo, les gens qui se vautrent en marchant sur les plaques de fer. Faut jamais poser le pied sur une plaque de fer quand il pleut Loïc, sinon tu te rentres le coccyx dans les amygdales. Je redécouvre cette astuce à chaque fois qu’il flotte.

Tout le monde se plaint, mais c’est beau la pluie, et puis ça occupe étant donné que cette année, on n’a ni Lars Van Trier ni DSK pour ambiancer la Croisette. Moi, pour bien montrer à tous ces festivaliers en sucre que je pense qu’il existe des choses plus graves dans la vie que d’avoir les chaussettes mouillées, dès les premières averses, j’ai arpenté Cannes, fièrement, sous les trombes d’eau, sans parapluie, en souriant et en prenant mon temps.

A un moment donné, alors que j’étais repassée à l’appartement sécher mes pompes au sèche-cheveux, je t’avoue avoir pensé à changer mon billet pour rentrer à Paris un peu plus tôt, genre dans l’heure. Peut-être même que j’ai composé le numéro de la SNCF.

Ok, je vais pas te mentir, je l’ai fait, j’ai fait le 3637. Je suis tombée sur une messagerie qui me proposait de faire des dons. J’ai trouvé ça super gonflé de la part de la SNCF de demander du pognon à ses usagers. Environ quatre minutes plus tard, j’ai compris que j’avais composé le numéro du Téléthon. Bon, j’ai pas fait de don parce que j’étais à la bourre, mais n’empêche que ça m’a vachement fait réfléchir cette histoire de Téléthon, à tel point que j’ai fini par me souvenir que le numéro de la SNCF était le 3635.

Mais ne me juge pas, c’était un instant de faiblesse, prise par la folie collective des départs précipités. Il suffit d’observer les abords de la gare pour réaliser que tout le monde tente de fuir. Ah oui, je suis peut-être allée me promener du côté de la gare, mais c’était pas du tout pour prendre un billet Loïc, c’était juste comme ça, à l’occasion d’une balade bucolique. Bref, là-bas, c’est le chaos ; il y a plein de gens hagards qui rôdent autour des guichets, ils hésitent, fébriles, le regard plongé dans leur smartphone à vérifier les prévisions météo toutes les dix secondes. C’est la mise en place d’une nouvelle stratégie. Fini le : “Si je sors du film en compétition à 10h30, j’ai le temps de filer au Certain regard de 11h30″. C’est plutôt : “Si je prends le TGV de 14h06, mais qu’à 14h il se met à faire beau ? Ne serai-je pas un peu dégoûté ? Faut-il vraiment rentrer à Paris avec un demi bronzage ? Si je ne rentre pas bronzé, dois-je garder mon accréditation autour du cou afin de prouver que j’étais au festival et que c’était super ?”

Je me posais toutes ces questions, en pleine file d’attente au guichet (mais je faisais la queue uniquement pour passer le temps), lorsque j’ai commencé à me sentir pas bien. Maux de tête, vertiges, et cette douce sensation d’avoir des petits tessons de verre coincés au fond de la gorge. Alors, j’ai appelé le 3637 pour leur demander de me poser un diagnostic, mais je n’ai eu personne (pas très pratique, cette ligne verte) et me suis rabattue sur la pharmacie. Là-bas, ils ont été au top, comme d’habitude, et m’ont immédiatement tendu le “kit angine festivalier” avec plein de lidocaïne et de goodies pour le crâne. Apparemment, j’étais la centième à passer chouiner bobo gorge chez eux ; j’en ai déduit que l’angine était hype cette année, ce qui a mis du baume dans mon cœur détrempé. J’ai donc quitté la pharmacie en m’exclamant joyeusement : “Franchement, vous êtes vachement plus efficaces que le Téléthon ! Continuez comme ça les gars !”

Ensuite j’ai marché sur une plaque de fer.

Enfin, je te rassure mon petit Loïc : malgré l’angine, moi, je reste, fidèle au poste. Parce que c’est pas du tout mon genre de fuir une situation parce qu’elle est devenue moins confortable. Non non, je suis gonzo, je suis professionnelle, et je mesure l’immense chance que j’ai d’être ici, dans la voiture 2 du TGV 6178 au 65ème Festival international du Film de Cannes.

Je t’embrasse,

ioudgine

Catégories : On se voit à Cannes ?

commentaires