la chronique de Jean-Pierre Lefèbvre : mes Birkenstock

Emission du 7 juin 2009
Jean-Pierre Lefèbvre est professeur de littérature allemande à la fameuse École Normale Supérieure de la rue d’Ulm à Paris. Eh bien, figurez-vous que cet amateur de Birkenstock n’aime pas du tout que l’on associe ses chaussures favorites à une certaine lourdeur ou pesanteur allemande. Il s’en explique :

Et bien justement, moi, mon idée c’est qu’en réalité, il ne s’agit pas du tout de pesanteur, que ce sont des chaussures extrêmement intéressantes pour leur légèreté, et je dirai que cette légèreté a quelque chose de métaphysique. Et il faut que je m’explique sur cet adjectif…

La Birkenstock résout assez bien la contradiction qui existe dans toutes les cultures, entre le monde supérieur des idées et le monde réel d’autre part, le monde des gens qui, comme on dit, ont les pieds sur terre. Ici, justement, les orteils sont libres, libres comme les pensées, le talon recule quand il veut, prend de la distance quand il veut et le rapport avec la terre a été traité par une semelle que je dirais intelligente : en dessous, elle s’accroche bien à la terre, au-dessus, elle épouse la forme personnelle du pied, et entre les deux, elle fait respirer la matière élastique, presque intelligente du liège. La semelle est donc déjà pleine d’idées, et c’est la tête qui en profite…

On peut rappeler d’ailleurs que l’un des plus célèbres penseurs de la philosophie allemande, Jacob Böhme, était un cordonnier, un cordonnier mystique, c’est-à-dire quelqu'un qui s’occupait tous les jours du confort des pieds tout en réfléchissant aux choses les plus abstraites de la religion et de la philosophie. Bref, à quelqu’un qui a chaussé des Birkenstock, on ne fera jamais dire : "bête comme ses pieds" —, puisque, pour sa part, il s’y est toujours senti "libre comme l’air"…

Text : Jean-Pierre Lefèbvre
Image : Claire Doutriaux

Cliquez ici pour le commander
la chronique de Jean-Pierre Lefèbvre : mes Birkenstock est disponible sur le DVD 7