L'Europe des écrivains

La Hongrie de Péter Esterházy et Péter Nádas

dimanche 04 septembre à 2h55 (52 min)

Un éclairant voyage dans la mémoire hongroise en compagnie de deux passionnants auteurs, Péter Nádas et Péter Esterházy, dont les livres relient les destinées individuelles à l'histoire tourmentée de leur pays.

Écrivains de premier plan, Péter Nádas et Péter Esterházy ont en commun la place centrale que tient l'histoire dans leur oeuvre. " Il n'y a pas de grande histoire et d'histoire personnelle l'une sans l'autre", estime Péter Nádas (Le livre des mémoires, Histoires parallèles). Ancien footballeur, issu d'une grande famille magyare dont il revisite le passé fantasque et accablant dans Harmonia cælestis, Péter Esterházy a incarné, à la fin des années 1970, le renouveau de la littérature hongroise. Son oeil pétillant glisse volontiers de la gravité à la malice. Chez Péter Nádas, c'est une sensibilité exacerbée qui s'exprime et qui se traduit dans ses livres par une narration déréglée, hantée par l'idée du chaos.

"Porno soft"

Tous deux ont vécu l'insurrection de 1956, la chape de plomb soviétique maintenue de 1956 à 1988 par János Kádár ("une dictature molle", du "porno soft", ironise Péter Esterházy), puis la chute du bloc de l'Est, l'arrivée de la démocratie et l'avènement de la droite nationaliste dans une société où "une foule énorme ne s'est pas enrichie", rappelle Péter Nádas. Ils donnent un éclairage subtil sur ces épisodes et racontent leurs répercussions sur leur propre vie. Péter Esterházy nous entraîne dans les allées tapissées d'archives de l'Institut historique et confie les sentiments mêlés qu'il éprouva en découvrant les rapports que son père, agent de l'AVO (police politique hongroise), rédigeait sur lui, une expérience qu'il décrira dans Revu et corrigé. Ce voyage dans la mémoire hongroise s'appuie sur des images d'archives, des reportages, et sur les superbes photos noir et blanc de Péter Nádas, qui fut reporter-photographe et porta un regard compatissant et incisif sur la société hongroise déboussolée des années 1960, ce qui lui valut quelques déconvenues professionnelles à l'époque.

Réalisation:  Sylvain Bergère