Solovkii, la bibliothèque disparue

dimanche 07 août à 6h05 (54 min)

Les îles de l'archipel Solovki abritent le plus terrible goulag de l'ère soviétique. Dans cet ancien monastère est apparu un espace de culture et de liberté : une bibliothèque constituée de livres rares et d'éditions originales, rassemblés par les intellectuels et artistes déportés. Excepté les témoignages, il ne reste rien de ce lieu. L'écrivain Olivier Rolin part enquêter.

À cinq cents kilomètres au nord-est de Saint-Pétersbourg, au milieu de la mer Blanche, les îles de l'archipel Solovski abritent dès 1923 le SLON, camp de rééducation par le travail devenu dans les années 1930 le plus terrible goulag de l'ère soviétique. Dans cet ancien monastère témoin des pires atrocités est paradoxalement apparu un espace de culture et de liberté : une bibliothèque, qui compta jusqu'à 30 000 volumes, constituée de livres rares et d'éditions originales de grands auteurs, rassemblés par les intellectuels, artistes et anciens aristocrates déportés. Une véritable vie culturelle s'y était même mise en place avec des troupes de théâtre, la publication de revues et la création d'une société d'études régionales. Excepté les témoignages, il ne reste rien de ce lieu. Que sont devenus les livres après la fermeture définitive du camp en 1939 ? Quelles traces la bibliothèque et les camps ont-ils laissées dans les mémoires ? En compagnie du traducteur russe Valery Kislov et de la réalisatrice Élisabeth Kapnist, l'écrivain Olivier Rolin (Port-Soudan, Tigre de papier) part enquêter. Première étape : l'association des chercheurs militants du mémorial de Saint-Pétersbourg, où sont conservées les revues publiées au camp, avant de rejoindre les Solovki et le monastère, où l'ancienne bibliothèque est inaccessible pour cause de travaux...

La littérature face au massacre

Conçu comme un journal de bord, porté en voix off par les réflexions d'Olivier Rolin qui revisite en chemin les belles-lettres russes dont il est passionné, le documentaire nous entraîne dans un voyage littéraire en mémoire soviétique. Une mémoire imprégnée de souffrance et d'idéal, souvent verrouillée, que refont émerger par bribes les correspondances du camp, les archives et les quelques témoins convoqués, comme ce responsable de la radio des îles Solovki ou encore cet homme qui ne cesse de mettre au jour les fosses communes oubliées.

Réalisation:  Elisabeth Kapnist