Il est minuit, Paris s'éveille

Arts & spectacles classiques -
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Barbara, Brel, Aznavour, Ferré, Gréco, Ferrat, les Frères Jacques ou Gainsbourg ont débuté sur ces petites scènes d'avant-garde. En archives, interviews et chansons, ce documentaire nous transporte dans l'effervescence des cabarets de la rive gauche de l'après-guerre.

Dans l’euphorie de l’après-guerre fleurit une flopée de petits cabarets où une jeunesse avide de nouveauté et de liberté s’entasse avec délice pour écouter ses chanteurs préférés. Transformant ses caves et ses arrière-salles en minuscules scènes, Saint-Germain-des-Prés devient le point de ralliement. Une nouvelle génération d’interprètes émerge. Ils ne sont ni apprêtés, comme Juliette Gréco qui se produit en "noir de travail", ni grands, ni beaux, comme Aznavour, qui mettra dix ans à percer. Ils chantent avec leur sensibilité et leurs aspérités des textes poétiques, fantaisistes ou libertaires, et cela plaît. S'ils aiment ces gargotes bohèmes où un public d'avant-garde goûte leurs jeux de mots, beaucoup d'entre eux vont cachetonner rive droite où le public des restaurants est plus guindé. De l'autre côté de la Seine se trouvent aussi les music-halls, comme l'Olympia ou l'Alhambra qui en font rêver plus d'un. "Je ne pensais qu'à ça", confie Serge Lama, qui a fait ses débuts sur la scène lilliputienne de L'Écluse.

"Des p'tits zinzins"

Le Milord l'Arsouille, Le Tabou, L'Écluse, Le Vieux Colombier, L'Échelle de Jacob… : entre 1945 et 1968, plus de deux cents cabarets ouvrent à Paris, à Saint-Germain-des-Prés, puis dans le quartier de la Contrescarpe. Véritable vivier que ces petites scènes de minuit où débuteront Barbara, Brel, Ferré, Mouloudji, les Frères Jacques, Aznavour, Gainsbourg, Ferrat, Boby Lapointe… Sans oublier Brassens qui, s'il ne s'est jamais produit dans les cabarets de la rive gauche, en a été le grand inspirateur. Orchestrant de nombreuses archives (chansons, reportages, entretiens), ce documentaire fait revivre une période effervescente. Tout en se dandinant d'un pied sur l'autre, un Gainsbourg intimidé explique qu'il est "plus facile d'attaquer que d'encaisser". Barbara se défend d'être une auteure-compositrice ou une poétesse : "Je fais juste des p'tits zinzins qui me vont." Une Anne Sylvestre aux yeux de biche s'agace d'une carrière qui met du temps à démarrer. Le film comporte aussi de nombreuses interviews d'artistes comme Juliette Gréco, Jean Rochefort, particulièrement en verve, Charles Aznavour, Pierre Perret, Serge Lama, Paul Tourenne (des Frères Jacques) ou le parolier Henri Gougaud, conseiller sur ce film. Ils témoignent avec chaleur et humour de l'ambiance rive gauche, de la course d'un estaminet à l'autre, des succès des uns, des déboires des autres, de leur béguin ou de leur admiration pour tel artiste. Balayée par la vague yé-yé, la chanson de cette époque entrera en disgrâce dans les années 1960, avant de renaître trente ans plus tard, élevée au rang de mythe par une nouvelle génération nostalgique.

Générique
  • Réalisation :Yves Jeuland
  • Pays :France
  • Année :2011
  • Origine :ARTE F
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