La photo est connue. On y voit un Klaus Kinski fou furieux prêt à découper la tête de Werner Herzog à l’aide d’une lame bien tranchante. Les deux artistes sont en plein tournage de Cobra Verde, leur cinquième et dernière collaboration cinématographique. Nous sommes alors en 1987. Quinze ans séparent la prise de ce cliché et leur toute première rencontre lors d’un Festival de cinéma au Colorado en vue de leur association pour Aguirre, la colère de Dieu. Herzog, autodidacte, a alors 28 ans et ne dispose que d’un budget limité. Kinski est lui déjà réputé pour son talent d’acteur, mais est surtout connu pour ses crises de colères légendaires.
Extrait 1 du film "Ennemis intimes" :
Des rumeurs, il y en a eu bon nombres sur leurs fameuses relations houleuses. Parmi elles, Herzog aurait ainsi dirigé Kinski à l’aide d’une mitraillette pour ne pas qu’il déserte le plateau de tournage de Fitzcarraldo ! Dix ans après la mort du comédien, le cinéaste allemand reviendra en 1999 sur leur collaboration en réalisant Ennemis Intimes, documentaire au titre si paradoxal et pourtant si vrai. Oui, les deux hommes étaient ennemis, mais dans une relation de fraternité masochiste et nécessaire. Le cinéaste allemand l’avouera lui-même pas tard: sa rencontre avec Klaus Kinski lui aura permit d’apprendre mille et une chose sur son métier et lui aura surtout permis de rencontrer un ami d’une valeur inestimable.
Pourquoi dans ce cas tant de haine et de mépris pendant ces quinze années de travail mutuel ? Il ne fallait qu’un acteur égocentrique et qu’un réalisateur des plus entreprenant pour se risquer à de tels conflits. Combien d’heures passées en pleine forêt amazonienne a-t-il fallu à Werner Herzog pour réussir à faire ressortir tout le talent de Klaus Kinski face à la caméra ? De crise en crise, d’humiliation en humiliation, de nuits blanches en nuits blanches, il aura fallu beaucoup de courage pour arriver au bout de chaque fin de tournage. Le secret d’Herzog résidait dans un silence total, attendant que les crises de Kinski prennent fin. Ce silence était si inquiétant pour les indigènes figurants sur le tournage de Fitzcarraldo qu’ils lui proposèrent de tuer l’acteur pour lui ! Heureusement, Herzog déclina cette offre...
Extrait 2 du film "Ennemis intimes" :
Il s’avère que Klaus Kinsi était d’une jalousie à faire frémir et ne supportait pas de ne pas être au centre de l’attention. L’acteur et le réalisateur entretenaient des différents sur tous les sujets, mais se complétaient néanmoins grâce à une volonté commune de mener un projet à bien et d’en ressortir plus fort. Plus tard, Kinski écrira dans son autobiographie des obscénités odieuse à l’encontre d’Herzog n’hésitant pas à le décrire comme un mégalomane brutal et sans talent. Détail d’importance : le cinéaste était au courant de ces écrits et s’en amusait avec Kinski lui-même. Comme quoi, qui aime bien châtie bien !
Extrait du film "Nosferatu" :





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