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Villes en transition - 31/07/12

Villes en transition : un phénomène mondial

En Europe, en Amérique, en Asie, les territoires en transition fleurissent depuis quelques années. Mais en transition vers quoi ? Genèse d’une réflexion sur la fin du pétrole, à l’origine d’une multitude d’actions collectives.

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Ce n’est pas vraiment un hasard si le mouvement des villes en transition a démarré à Totnes. Cette charmante ville du Devon, au sud-ouest de l’Angleterre, était déjà connue pour abriter une population néo-hippie, nourrie aux idées alternatives. Avec ses quelque 8 000 habitants – dotés d’un important pouvoir d’achat –, elle s’est avéré un terrain d’expérimentation tout trouvé pour le père de la Transition. Rob Hopkins, professeur de permaculture – une méthode respectueuse de la nature et de l’homme – dans la toute petite ville irlandaise de Kinsale, entend parler du pic pétrolier dès 2004. Devant l’imminence d’un épuisement des ressources mondiales en énergie, il travaille avec un groupe d’étudiants sur un modèle de transition vers un monde sans pétrole. Les conclusions de l’étude sont aussitôt adoptées par la mairie. Restait à en tester les principes à plus grande échelle. Hopkins est originaire de Totnes, il connait la sensibilité des habitants aux questions environnementales. La commune sera, un an après Kinsale, la vitrine d’un mouvement qui vise déjà à toucher le plus grand nombre.

Désireux d’élargir la communauté des convertis, Rob Hopkins rédige à cet égard une sorte de mode d’emploi reprenant les principes de son initiative. Véritable bible des « transitioners », The Transition handbook ou Manuel de transition détaille le projet par le menu. Un double enjeu : le changement climatique et la fin prochaine du pétrole bon marché. Une résolution : anticiper cette inéluctable évolution, sans attendre une quelconque action des gouvernements, mais – autant que possible – en collaboration avec les autorités locales. Il ne s’agit pas de vivre en autarcie, mais de permettre à chacun de se préparer à des lendemains moins chantants – c’est l’idée-force de la résilience, ou la capacité à s’adapter à un bouleversement majeur. Initiative citoyenne et apolitique, le mouvement se divise en groupes thématiques, oeuvrant chacun pour organiser un plan de descente énergétique d’ici 2030. Jardins partagés, plantations d’arbres fruitiers dans les lieux publics, développement des énergies propres, soutien aux producteurs locaux, relocalisation de l’économie par le truchement d’une monnaie complémentaire… les projets sont nombreux et relèvent surtout du bon sens, dans un pays qui importe 80 % de sa nourriture. Rien de très tape-à-l’œil – hormis les panneaux solaires qui se multiplient dans le paysage –, mais un indécrottable optimisme et la volonté ferme de privilégier une vision positive de l’avenir.

Cet état d’esprit est d’ailleurs un moteur pour les villes en transition : loin de tout alarmisme, leurs partisans entendent profiter des changements qui s’imposent d’ores et déjà à nos sociétés pour inventer un nouveau mode de vie. Une action collective par laquelle les individus retrouvent leur capacité de décision et développent entre eux des liens plus étroits. « Les gens se parlent ! » soulignent, presque étonnés, les transitioners. C’est peut-être là le succès et la richesse de la Transition : repenser le tissu social et favoriser la solidarité comme la transmission. A force de séminaires et de conférences, les convertis de la première heure ont fait de nouveaux adeptes. Nombre de grandes villes tentent désormais l’expérience, en Grande-Bretagne (Bristol, Brixton, Liverpool…), mais aussi en Australie, au Chili, au Canada, aux Etats-Unis… Elles sont plus de quatre cents aujourd’hui.

Anne-Claire Préfol

Edité le : 25-07-12
Dernière mise à jour le : 31-07-12