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Après cinq émissions diffusées en 2012, "I love democracy" revient en 2013 pour s'intéresser à Cuba, à l'Iran, à la Norvège et à l'Allemagne.

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06/11/12

USA : le désenchantement d’une démocratie perpétuelle

I LOVE DEMOCRACY : USA


Les Américains ont toujours vanté l’ancienneté et l’inviolabilité de leur démocratie. Mais la crise a mis en lumière ses déficiences. Le scrutin décisif de 2012 aura été l’occasion d’une remise en question de sa toute-puissance et du regard que portent ses citoyens sur leurs représentants.

Le peuple américain a toujours célébré le fait qu’ils constituent la plus vieille démocratie ininterrompue au monde. Plus de 230 années au compteur. Mais au fil du marasme économique qui perdure depuis presque cinq ans, les Américains se sont vus pointés du doigt pour tous les maux sociétaux qui en ont découlé, et chose inouïe, ont suivi le pas en dénonçant l’emprise détenue par la finance sur leurs propres dirigeants. En ont témoigné des mouvements comme Occupy Wall Street en début d’année. Les habitants de cette démocratie anglo-saxonne (et donc immuable) sortent de tout cela désenchantés de leurs droits acquis.




Depuis plus d’un siècle pourtant, à l’inverse de bon nombre de démocraties européennes, les États-Unis disposent d’un consensus national fort. Du moins sur beaucoup de grands thèmes. Et le système présidentiel américain, porteur de cette notion de Checks and balances, est conçu de telle façon que pouvoirs exécutif et législatif ne puissent se supplanter. Cela explique en partie l’inaction dont a été taxé à maintes reprises le président Obama qui, flanqué d’un Congrès pourvu d’une majorité de républicains, n’a pu faire voter tous ses projets de loi. Et ses atermoiements à Washington ont retardé les progrès attendus en matière de droits de l’homme – comme la fermeture du centre de détention de Guantanamo, qui était une promesse de campagne.




Du coup, plus qu’aucune autre élection présidentielle américaine, celle-ci est marquée par le sceau de l’incertitude. L’opinion en ébullition, éprouvée par le chômage de masse et les séquelles de la bulle immobilière, abattue par la cupidité avérée de ses plus hauts revenus, ne sait plus où donner de la tête. Les uns se disent déçus par les tergiversations étatistes du président candidat, les autres abhorrent l’idée de le remplacer par un républicain – qui plus est un républicain qui semble changer de posture au gré des sondages –, de crainte de revivre les turpitudes de l’ère Bush.






Le climat économique délétère que subissent les Américains, malgré une décrue notable du chômage en cette fin 2012 (retombé en deçà de la barre des 8 %, son niveau de 2009), a éclipsé l’espérance née de la campagne de 2008, celle qui s’est soldée par la plus forte démonstration de diversité qu’aient connu les États-Unis. En élisant un homme noir à la fonction suprême, le peuple américain a inconsciemment imprimé cette diversité dans son génome. Elle n’est désormais plus reléguée aux melting pots avérés que sont New York et Los Angeles. En bousculant les conservatismes de la sorte, la démocratie n’en est sortie que renforcée.




Cette Amérique, notamment dans ses zones littorales, arbore fièrement son visage pluriel. Les blancs d’origine hispanique représentent 16 % de la population, et donc la plus importante minorité ethnique du pays. Une écrasante majorité d’entre eux (plus de 90 %) ont glissé un bulletin démocrate en 2008. À New York, carrefour de cette mixité culturelle propre aux États-Unis, la devise E pluribus unum (« Un à partir de plusieurs ») prend tout son sens. Cette devise nationale, tamponnée sur toutes les pièces de monnaie, est porteuse de tous les idéaux cosmopolites que sacralisent les newyorkais. Mais à la Grosse Pomme, les citadins oscillent entre cynisme, candeur et résignation, même si les difficultés économiques s’y font moins ressentir qu’ailleurs.






Car il n’en reste pas moins que les hispaniques et les afro-américains affichent une grande déception à l’égard de leur champion d’hier. C’est cet électorat, fortement touché par le chômage, que Barack Obama a ardemment tenté de récupérer. Mais la flamme née de son élection n’affiche plus la même vitalité. L’enjeu n’est pas tant de la raviver que de lui donner une raison d’être, et de rendre son impact au bulletin de vote. Ressusciter l’idée que la voix de l’électeur peut valoir davantage qu’une simple statistique en faveur d’un candidat ou d’un autre.




Jules Pecnard

Edité le : 29-10-12
Dernière mise à jour le : 06-11-12