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ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

De la philosophie, de la géopolitique, de l’histoire, de la jeunesse … autant de thèmes abordés cette année par ARTE Editions au Salon du Livre à travers des (...)

ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

The Livre - 16/11/07

"un oeil sur la musique"

Richard Bellia - L'oeil photographe


Avant de courir pour son blog photo quotidien pendant la Berlinale et le Festival de Cannes sur le site internet d'ARTE, Richard Bellia s'est beaucoup entraîné. La preuve? "Un oeil sur la musique", livre retraçant 25 ans de photographies et de souvenirs autour d'un florilège des plus grandes rockstars de la planète. L'indispensable cadeau de ces fêtes de Noël...

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Interview : retour sur le passé d'un collaborateur d'ARTE

Comment un natif de Longwy se retrouve dans un squat à Londres, pour y devenir photographe ?
Richard Bellia : À 23 ans, j'avais cette envie de devenir photographe. Mais elle impliquait du mouvement. Déménager dans une capitale était prioritaire. Le choix de Londres est venu quasi naturellement. J'ai toujours aimé la musique anglaise, plus que le rock US ou belge.

Bon ou mauvais souvenir ?
C'est clair, je ne le conseille à personne ! Bien sûr, l'expérience est intéressante, mais il n'y a rien de romantique à ça, sauf dans un fantasme petit bourgeois qui consiste à dire «j'y étais !». Mais avoir froid et faim, en pleine galère, ça n'est vraiment pas drôle... Cette bâtisse victorienne est devenue un lieu de passage, et dans une des pièces à vivre, avec une grande hauteur de plafond, j'y ai installé un studio, où j'ai réalisé de nombreuses prises de vue.

À cette époque, la photo, c'était quoi pour vous ?
Une discipline à la fois passionnelle et professionnelle. Et ça l'est toujours ! C'est un moyen de gagner ma vie et de m'approcher au plus près de la musique. D'être au premier rang, de mêler sa créativité avec celle de personnes que l'on admire, tout en s'ouvrant sur des univers différents, du reggae au rock, en passant par la chanson française.

Pour synthétiser, tout a commencé où, quand et avec qui?
C'était en octobre 1980 pour un concert de The Cure. Ça a été le déclic ! C'est une chance d'aller voir des artistes dont la musique tourne en boucle chez soi... Et quand on dit qu'on est photographe, ça claque, et on vous écoute. L'espace d'un temps, on rentre dans l'intimité de ces musiciens, leur notoriété, leur univers. On découvre qu'Étienne Daho se trimballe un sac entier d'ours en peluche, offerts par les fans, et on se dit : «qu'est-ce que ça doit être pour Tokio Hotel !» (rires).

Début 80, période post-punk et new wave, avec The Smiths, Siouxie et tant d'autres, celle de vos débuts. A-t-elle une saveur particulière ?
Avec du recul, à cette époque, les musiciens étaient plus libres. On trouvait plein de styles différents, et de nouvelles sonorités apparaissaient. On inventait encore, alors qu'aujourd'hui, on s'essouffle. Et puis, le musicien pouvait faire ce qu'il voulait, sans besoin de se justifier, ce qui n'est plus le cas de nos jours, avec une standardisation systématique. Parallèlement, ces années-là correspondent au début de la bande FM, à l'accès généralisé à la musique. Vingt-cinq ans plus tard, on a My Space, le MP3... On est noyés dans la musique, qui perd fortement de son impact.

Comment travaillez-vous ? Avez-vous des conseils à distiller aux jeunes photographes ?
Une des règles essentielles - et ça peut paraître bête - c'est d'avoir une connaissance technique précise de son appareil. Grâce à ça, on peut jouir d'une grande liberté, et surtout, on peut aller vite. C'est crucial, ne serait- ce que par respect de la personne en face de soi, qui en a sûrement marre de se retrouver si souvent devant un objectif. De plus, croire que multiplier les photos donne plus de chance d'en avoir une qui sorte du lot est faux. Il vaut mieux capter l'attention des gens. Moi, je prends dix secondes pour régler la lumière. Après, je parle musique, hors promotion, dans une relation privilégiée, à hauteur d'homme. Et c'est là que le naturel s'exprime... Du moins j'espère.



Parmi vos nombreux clichés, une grosse majorité est en noir et blanc. Pourquoi ce choix?
Simplement parce que je travaillais pour des journaux en noir et blanc... Et, à l'époque, traiter un négatif pour faire de la couleur, ça mettait deux jours et coûtait un pognon monstre.
Et puis, le noir et blanc, c'est le «b.a.- ba» du photographe, un peu comme un guitariste qui commence par un blues en mi. C'est une bonne façon de s'interroger sur ses capacités. De se demander pourquoi un tel est un géant de la photographie alors que de son côté, on reste un branleur !

Avez-vous créé des affinités avec certains groupes ou musiciens ?
Avec Robert Smith et The Cure, oui. Ça fait quand même 27 ans que je les photographie. Et aussi Frank Black, des Pixies. On a l'habitude de se croiser. Mais attention, affinité ne veut
pas dire camaraderie. C'est un fantasme que de croire que ces «stars» se laissent aller. Il n'y a aucune confidence. C'est du genre «Ah, tiens salut!On fait une photo? Oui, bien sûr»... Après, j'ai quatre minutes pour faire correctement mon travail, en utilisant cette intensité et cette pression comme moteur. Mais durant les concerts, personne ne me cherche du regard. Je ne suis pas une star. Cet attribut, seuls cinq photographes sur toute la planète l'ont.

Au contraire, y en a-t-il qui font des difficultés, des caprices ?
Ça arrive assez souvent, mais ce n'est pas la faute des musiciens, mais plutôt des gens qui s'occupent d'eux, qui mettent en place un planning de fou, du style «pour vos photos, c'est entre 16 h et 16 h 08!». Et au bout de sept, on vous rappelle qu'il ne reste plus qu'une minute... Mais au cinéma (*), c'est largement pire.

Durant cette longue carrière, y a-t-il une photo qui vous a marqué tout particulièrement ?
(Il réfléchit) C'est dur de choisir... Allez, je vais dire celle avec Lee Scratch Perry (voir la une). On arrive à sa maison de disques, et malgré la pluie, il veut aller dehors ! Trempés, on se retrouve au beau milieu d'un cimetière, et lui, il se déshabille et enfile un pyjama... C'est bizarre, mais en même temps, on s'éclate. Il enchaîne sur un truc cinglé, seulement pour laisser un bon souvenir du moment. C'est quelqu'un qui est purement dans la représentation. Il aime laisser cette image un peu dérangée de lui. Mais je peux vous dire que ce n'est ni un fou ni l'idiot du village...

Quel regard portez-vous sur ces années de travail ?
Que c'est un métier très compliqué, où l'on passe beaucoup de temps à attendre, sans être sûr du rendu de la photographie que l'on va faire. Dans cette profession, la déprime vous guette à tout instant. D'où parfois la chute vers la facilité. Et si vous n'y êtes pas, vous ne manquez à personne. Il n'y a pas beaucoup de considération, et on est souvent réduits à notre objectif. On est des hommes de l'ombre, ceux à qui les gorilles de la sécurité balancent négligemment «C'est trois chansons sans flash!». Cette expression est même devenu le nom de ma boîte d'édition ! Et si, en plus, le résultat est mauvais, c'est vraiment le coup à finir alcoolique...


C'est une vision assez dure...
Et c'est pour ça que la passion prend le relais. Chez moi, tout part du principe que la photographie va être intéressante, si la musique l'est également. C'est mon moteur. Et pour tout dire, je préfère être à ma place qu'à celle du directeur artistique de chez Universal, qui se demande comment vendre la sonnerie pour téléphone de Michael Youn... Aujourd'hui, on remarque un véritable cynisme de l'industrie du disque qui fait de la peine à voir, dans une course effrénée à l'argent avant que le bateau ne coule. Alors, oui, je préfère largement continuer à faire les cent pas devant les loges !

Finalement, durant toutes ces années, la musique a toujours été votre ligne directrice...
Tout à fait, et je ne me vois pas changer. Et même quand ARTE décide de me faire confiance, c'est parce qu'il avait besoin d'un photographe «rock» qui ne connaît rien au cinéma, histoire d'avoir un oeil nouveau, un regard qui ne vienne pas d'un spécialiste. C'est pour dire...

Finalement, si la musique vous plaît autant, pourquoi ne pas avoir pris une guitare et monter sur scène ?
Parce que je suis mauvais, pire même, un exécrable musicien. Ça fait 27 ans que je photographie des guitaristes, et je n'en ai jamais vu un qui soit plus mauvais que moi (rires). J'ai des doigts en béton. Impossible de faire quelque chose avec !


(*) Chaque année, Richard Bellia propose son Blog de Cannes et du Festival de Berlin.

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Où trouver le livre?

Internet : le site officiel de Richard Bellia
A Paris : Librairie ARTAZART 83 quai Valmy 75010 Paris
A Lyon: - Sofa Disques, 7 r Algérie, 69001 Lyon
- Carré Couleur 5 r Servient, 69003 Lyon
- Le Bal des Ardents, 17 r Neuve, 69001 Lyon
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Un OEil sur la musique de Richard Bellia
Photographies (1982-2007)
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Edité le : 13-11-07
Dernière mise à jour le : 16-11-07