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ARTE Journal - 01/11/12

UE : un désaveu risqué pour Cameron

Les eurosceptiques et l'opposition travailliste ont rejeté mercredi 31 octobre la proposition de gel du budget européen émise par le Premier ministre David Cameron. Ils exigent du gouvernement britannique qu'il aille plus loin encore en réclamant une réduction du budget. Ce désaveu peut coûter cher à David Cameron. Dans le passé, le même type de conflit autour de sujets européens avait précipité la chute de deux autres premiers ministres conservateurs : Margareth Thatcher et John Major.

David Cameron s'était engagé à imposer son véto en cas d'augmentation au delà de l'inflation du budget 2014-2020 de l'Union européenne. Mercredi 31 octobre, devant les députés britanniques, le Premier ministre s'est même targué d'être à la tête du gouvernement qui a opté pour la ligne la plus dure depuis l'entrée du Royaume-Uni dans l'Union européenne. C'est d'ailleurs dans cet esprit qu'en décembre dernier David Cameron avait opposé son véto au pacte budgétaire européen.

Travaillistes et eurosceptiques main dans la main
Les travaillistes et une partie des conservateurs l'ont désavoué en exigeant une opposition plus forte encore vis-à-vis de Bruxelles. Déposé par des élus eurosceptiques du camp de David Cameron, un amendement en faveur d'une réduction du budget a été adopté à l'issue d'un vote consultatif au Parlement. Soutenu par les travaillistes, l'amendement a recueilli au total 307 voix, dont 53 émanant des conservateurs, contre 294.

Cameron fragilisé
Ce jeudi 1er novembre, très embarrassé, le gouvernement britannique a finalement déclaré vouloir prendre en compte la position exprimée par le Parlement. Dans une interview accordée à la BBC, le ministre des finances George Osborne s'est même déclaré favorable à des coupes dans le budget de l'Union européenne. Même s'il ne s'agissait que d'un vote consultatif, cet amendement devrait se montrer particulièrement contraignant pour le Premier ministre David Cameron. À quelques semaines du sommet extraordinaire à Bruxelles les 22 et 23 novembre sur le budget européen, le vote du Parlement contribue à fragiliser le Premier ministre, de plus en plus isolé sur la scène européenne.

L'ombre de Thatcher et John Major
Depuis son arrivée à la tête du gouvernement en 2010, David Cameron est toujours confronté au même dilemme : satisfaire les eurosceptiques de son parti d'un côté et ses alliés les libéraux-démocrates pro-européens de l'autre. "David Cameron se comporte comme de nombreux Premiers ministres britanniques avant lui. Il a débuté son mandat dans l'euroscepticisme avant de se rendre compte petit à petit des avantages que présente l'Union européenne.
David Cameron se comporte comme de nombreux Premiers ministres britanniques avant lui. Il a débuté son mandat dans l'euroscepticisme avant de se rendre compte petit à petit des avantages que présente l'Union européenne-Olaf Cramme
Il se trouve désormais assis entre deux chaises : il est très eurosceptique mais en même temps il a compris l'intérêt qu'il y a à rester dans l'Union européenne", estime Olaf Cramme, directeur du Think Tanks londonien Policy Network, contacté par ARTE Journal. Le risque pour David Cameron est de se retrouver dans la même situation que ses prédécesseurs conservateurs Margareth Thatcher en 1990 ou John Major en 1995. Les deux premiers ministres avaient, eux aussi, été désavoués par leurs propres majorités suite à des dissensions autour de sujets européens. "La position de David Cameron devient de plus en plus difficile à gérer. Les eurosceptiques de son propre camp lui tapent dessus et les travaillistes en profitent pour en rajouter une couche", juge Olaf Cramme.


Vers une sortie de l‘Union europénne ?
Un autre problème de taille se pose à David Cameron. D'après les sondages, la partie la plus eurosceptique de ses électeurs semble progressivement lui tourner le dos en faveur du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni, UKIP. Mené par Nigel Farage, l'UKIP est notamment favorable à une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Même si, paradoxalement, le parti UKIP n'est pour l'instant présent qu'au Parlement européen. À la mode en ce moment dans les médias anglophones, l'idée de « Brixit » alias « British Exit », à savoir la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, fait petit à petit son chemin dans le paysage politique britannique.

Antoine Mouteau / ARTE Journal


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Edité le : 01-11-12
Dernière mise à jour le : 01-11-12