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Arte Journal - 25/04/13

Tensions sociales et grande pauvreté

Des heurts avec la police ont éclaté à l'issue d'une manifestation ce dimanche 7 avril au Caire. Des milliers de personnes ont scandé des slogans contre le pouvoir islamiste après les funérailles de quatre Coptes. Des chrétiens d'Egypte tués au cours de violences confessionnelles survenues vendredi soir dans le gouvernorat de Qalyoubia, au nord de la capitale. Hier déjà, plusieurs villes égyptiennes ont été le théâtre de violences. A l'occasion du 5e anniversaire du Mouvement du 6 avril, l'opposition hostile au président islamiste s'étaient mobilisée. Au moins 8 personnes ont été blessées. Le pays vit une période de grandes turbulences sociales. Les Egyptiens sont inquiets, à la fois par la situation économique dégradée du pays et par le programme d'austérité que réclame le FMI.

La grogne, le mécontentement gagnent du terrain en Egypte. Depuis un an, les prix de la viande, du poisson, des produits laitiers, des pâtes n'ont cessé d'augmenter. La farine et le sucre de plus de 50%, les concombres et les pommes de terre de 100%. Et pour de nombreux Egyptiens qui vivaient des mille et un services rendus aux touristes, l'heure est au chômage et au désoeuvrement. Car la plupart des tour-opérateurs ne viennent plus en Egypte. Résultat : la misère gagne du terrain dans ce pays où des dizaines de millions d'Egyptiens vivent depuis toujours dans une grande pauvreté. Selon le rapport annuel du Fonds des Nations unies pour la Population, 23% des Egyptiens survit avec moins de deux dollars par jour. Et pour ne rien arranger, partout le diesel manque, de nombreuses stations d'essence sont fermées, ce qui a pour conséquences des coupures de courant, des transports perturbés et beaucoup de chômage technique en ville mais aussi à la campagne où les agriculteurs manquent de carburant pour faire tourner leurs tracteurs.

Les conditions du FMI
Au pouvoir depuis un an le président Morsi et les Frères Musulmans peinent à apporter des réponses créatives et susceptibles de relancer l'économie. Plus grave, les finances publiques se dégradent. En deux ans, les réserves de devises se sont effondrées de 36 à 13 milliards de dollars. Ce qui représente à peine trois mois d'importation de blé et de carburant. Pour éviter la faillite, l'Egypte espère obtenir enfin un prêt de l'ordre de 4,8 milliards de dollars du Fonds monétaire international. Une équipe d'experts du FMI vient d'arriver au Caire pour définir les conditions de ce prêt. Ils exigent du gouvernement une baisse des subventions publiques aux carburants et aux produits alimentaires et une hausse des impôts. Une baisse brutale des subventions aurait des conséquences catastrophiques pour une grande partie des Egyptiens. Le gouvernement en est conscient, il cherche le moyen d'épargner les plus faibles, mais selon le ministre du pétrole, sa décision serait prise. Les subventions pour le pain et autres produits de base vont être "réduites progressivement jusqu'à être supprimées complètement dans une période de trois à cinq ans".

Manifestations, grêves et sit-in
Reste à savoir si le président Morsi aura le courage de mettre en oeuvre ces réformes douloureuses et s'il saura les expliquer aux Egyptiens. Les Frères Musulmans ont toujours affiché un point de vue libéral sur les questions économiques, mais ils ont beaucoup perdu en crédibilité auprès de la population. Et désormais, manifestations, grêves, sit-in font partie du quotidien des Egyptiens. Deux ans après la révolution, le peuple en voie de paupératisation n'a pas gagné grand chose en termes de droits, si ce n'est celui de s'exprimer, de dire sa frustration. Et force est de constater qu'il en fait usage. En 2012, dans de nombreuses usines, dans les entreprises, les ouvriers, les employés se sont mobilisés, mais on a vu aussi des médecins, des juges, des enseignants entrer en lutte, et récemment même dans les rangs de la police, on a osé se mettre en grêve.

Evelyne Herber / ARTE Journal

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Edité le : 07-04-13
Dernière mise à jour le : 25-04-13