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Thema - vendredi 19 octobre 2007 à partir de 22h15 - 18/10/07

Repères

A l’évocation du nom de Gustave Courbet (1819 - 1877) s’associe nécessairement son plus singulier tableau, L’Origine du Monde.

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© Coll.particulière par courtoisie de Conseil Investissement Art BNP Paribas
Le désespéré - 1843
Courbet s’imagine en peintre classique. Il s’inscrit dans la continuité de la peinture de son époque (il est l’élève de Flajoulot, lui-même élève de David).
Courbet reprend les thèmes, les compositions et les techniques de ceux qui l’ont précédé. Comme les anciens maîtres du clair-obscur, il enduit sa toile d’un fond sombre, presque noir, à partir duquel il remonte vers la clarté.

Pourtant, Courbet devient le peintre de la rupture.
Dans Un Enterrement à Ornans, il représente tous les habitants de son village natal dans une grande toile panoramique, format réservé aux « sujets nobles ». Une volonté de s’approcher du réel. « Peintre du vrai », revendique-t-il. « Non pas le peintre du vrai, mais le peintre du laid », l’attaque-t-on. C’est une rupture profonde.

© Photo RMN / Hervé Lewandowski
L'Atelier du peintre - 1855
Ses tableaux sont fortement critiqués. Toujours au cœur des débats qui agitent les salons parisiens. On le voudrait peintre prolétarien. « M. Courbet s’est fait une place dans l’école française à la manière d’un boulet de canon qui vient se loger dans un mur ». Tout dérange dans ses toiles.
Il répond aux polémiques. Il se défend. Il se trouve des soutiens, à l'image de Bruyas, riche collectionneur, qu’il convainc de construire un pavillon à Paris pour y exposer sa toile L’atelier qui a été refusée au Salon de 1855. Dans cette toile de grande taille, Courbet se représente peignant au centre de son atelier, entouré d’un côté par ses amis intellectuels et artistes, de l’autre par des notables et des bourgeois. Et que peint-il ? Il peint un paysage de sa terre natale.
Sa manière d’aborder la peinture est profondément influencée par l’endroit d’où il vient, par ce qu’il est. Issu d’une famille paysanne fortunée, les pieds sur terre et bon vivant. Accroché à la réalité qui l’entoure et qui le fascine.

© Murauchi Art Museum, Tokyo
Le Chêne de Flagey - 1864
Courbet peintre du réel, peintre coloré, peintre de la terre et des choses matérielle. Il peint la nature, ses recoins obscurs, humides et cachés. Et c’est de la même manière qu’il peint les femmes. Non plus symboliques, souffrantes ou glorifiées, mais dans un rapport concret. Une idée de la sensualité et du désir.
Malgré les critiques - ou grâce à elles - sa cote grimpe. Il vend : toiles, reproductions photographiques et catalogues ; raillant les jaloux. Période de production intense : Courbet se vante, parlant dru, pérorant, vaniteux, hâbleur, d’une truculence affichée, entretient par ses « turbulences fanfaronnes » la chronique scandaleuse qu’il sait vendeuse.
Pourtant, même au plus fort de cette période de gloire commerciale pendant laquelle il pourrait devenir le peintre complaisant des « belles » commandes, il persiste à peindre des tableaux d’une rudesse inouïe, en observant la violence qui l’entoure.
© Photo RMN-Hervé Lewandowski
L'Origine du monde - 1866
1870, la guerre, la Commune, comme une continuité de sa peinture, happé par son époque au point de s’y fondre. Au point qu’il lui semble naturel de s’engager en politique. Courbet est élu président de la fédération des artistes, puis conseiller municipal du 6ème arrondissement de Paris. Lors d’une de ses diatribes provocatrices, il souhaite publiquement que la colonne Vendôme soit déplacée, « ce bloc de canons fondus qui perpétue la tradition de conquêtes, de pillages et de meurtres ». Il suggère de déboulonner et de stocker les plaques de bronze. Des jusqu’au-boutistes votent sa démolition. Et Courbet, qui n’a ni participé au vote, ni à l’abattage, est rattrapé par la haine dont son œuvre est l’objet. Il est condamné à six mois de prison et à 5000 francs d’amende. Le verdict semble clément aux accusateurs. Le peintre, malade, est incarcéré à l’hôpital militaire.

© DR
Courbet par Nadar
Mais la rage contre le peintre n’est pas éteinte. La peine purgée n’a pas calmé les détracteurs. Il faut « montrer à toute la France le citoyen Courbet, scellé dans une cage de fer sous le socle de la colonne ». La Chambre décide que Courbet paiera la colonne. La somme est astronomique. Les biens du peintre sont mis sous séquestre.
Il s’est fondu dans son époque et le paie au prix fort. Lui qui fut riche, le voilà acculé à peindre à la chaîne, à signer les toiles de ses élèves, à produire toujours plus pour échapper à la ruine, à fuir la France pour échapper à nouveau à la prison. Fidèle à sa réputation de fort buveur, il meurt en exil d’une cirrhose du foie.

Edité le : 16-10-07
Dernière mise à jour le : 18-10-07