Comme son nom l’indique, ce film opulent et exotique prend la forme d’un conte, d’une légende en costumes, qui retrace le parcours d’une femme exceptionnelle, Maya, qui se bat pour sa liberté. En Inde, au 16ème siècle, deux enfants, Tara (Sarita Choudhury), une jeune princesse, et Maya (Indira Varma), une servante, font leur apprentissage ensemble. Maya surpasse en grâce la princesse. Naissent alors une jalousie et une rivalité qui vont culminer le jour des noces de la princesse avec un roi Raj Singh (Naveen Andrews). Pour se venger d’une autre humiliation de Tara, Maya la servante offre sa virginité au roi le soir de ses noces. Dénoncée par le frère de Tara, un bossu qu’elle a refusé d’épouser, elle est chassée du palais. Repérée près de la rivière par le sculpteur du roi Jai Kumar (Ramon Tikaram), elle est recueillie par une ancienne grande courtisane Rasa Devi (Rekha) qui lui apprend les arts du Kama Sutra (massage, danse...) et lui transmet ses connaissances. Le roi n’arrive pas à oublier Maya et rejette Tara pendant qu’elle tombe peu à peu amoureuse du sculpteur. Leurs quatre destins se nouent irrémédiablement…
Le Kâmasûtra, un art de vivre
Le Kâmasûtra, traité classique de l'hindouisme attribué à Vâtsyâyana, a été écrit entre le 4ème et le 7ème siècle. Son titre vient de « Kama », l’amour ou le désir et « Sutra », les leçons. L’ouvrage a été traduit pour la première fois en 1876 par l’aventurier anglais, écrivain et linguiste, Richard Francis Burton. Bien qu’il soit fameux pour son érotisme (les célèbres 64 positions sexuelles ne constituent néanmoins qu'un seul chapitre du livre !), ce livre destiné à l'origine à l'aristocratie traite dans son ensemble d’un véritable art de vivre, des règles raffinées qu’une personne de rang se doit d’appliquer dans sa vie quotidienne dans tous les domaines (musique, nourriture, cosmétiques...). Véritable classique et trésor culturel du pays, il contraste paradoxalement avec le puritanisme ambiant qui sévit en Inde depuis le début du 19ème siècle (une influence du colonialisme britannique ?). Pour rappel, il est interdit de montrer un baiser dans les films indiens (Bollywood) sous peine de poursuites.
Mira Nair, un combat pour les droits de la femme
Ces poursuites, Mira Nair, la réalisatrice mondialement reconnue de « Salaam Bombay » et du « Mariage des moussons » n’a pu les éviter en 1997 lors du tournage puis de la sortie du film. Pendant sa production, le film était connu sous le titre "Tara and Maya" car les autorités indiennes auraient à coup sûr interdit un film intitulé « Kama Sutra » ! De plus, il a fallu tourner des scènes factices pour déjouer la surveillance du gouvernement puis payer des « dividendes » aux officiels quand la supercherie a été découverte. Le procès de Mira Nair pour avoir tourné des scènes « choquantes » (scènes légèrement érotiques du point de vue occidental) dans « Kama Sutra » a duré presque deux ans. Au final, le film alors interdit en Inde et au Pakistan a pu sortir dans les salles indiennes. Toujours préoccupée par la condition de la femme, Mira Nair a réussi à conclure un accord pour qu’il soit diffusé en matinée pour un public exclusivement féminin : elle ne voulait pas que les femmes soient gênées par les réactions des hommes pendant la projection. Cette stratégie s’est révélée un franc succès. Toujours concernée par cette question des droits de la femme, après avoir tourné en 2004 « Vanity Fair » sur la réussite d’une courtisane en Angleterre, Mira Nair a aujourd’hui terminé son ambitieux biopic sur l’aviatrice et pionnière Amelia Earhart, « Amelia », avec Hillary Swank et Richard Gere.
Si le film ne marche pas en France en 1981 après sa sortie, il reste pourtant à l’affiche d’une salle, le Panthéon, à Paris où il fait salle comble huit mois durant. Un an après, en 1982, il remporte un succès phénoménal aux USA (à New York notamment) ensuite puis gagne trois césars (dont celui du meilleur 1er film créé pour Diva !). Après la cérémonie, c’est le raz-de-marée : 800 000 entrées en France et un statut de film culte plus d’un an après sa sortie. Du jamais vu.
Delphine Valloire














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