Deutsch

Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité Cinéma > Actu cinéma du 12 août 2009 > Toujours à l'affiche

Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

Un film d'Elia Suleiman

Le Temps qu'il reste

( note Arte: 4.5 ) L’auteur de « Chronique d’une disparition » (1996) et « Intervention divine »(2002) s’attaque cette fois à une chronique des « absents – présents », ces Palestiniens qui vivent en Israël sans s’en voir accorder la nationalité.

Les films de la semaine

Elia Suleiman à propos de son film "The Time That Remains".
Version sous-titrée en français.



Synopsis : Quatre épisodes marquants dans l’existence de la famille Suleiman, adaptés et inspirés des carnets tenus par Fuad, le père du cinéaste Elia Suleiman. En 1948, Fuad Suleiman prend part à la résistance qui s’organise dès la proclamation de l’Etat d’Israël. En 1970, à la mort de Nasser, Elia a dix ans. En 1980, le jeune homme est forcé de quitter le pays. De nos jours, il retrouve, grisonnant, la maison familiale à Nazareth et peine à retrouver ses marques.

The Time That Remains
D’Elia Suleiman
(2009, France/Palestine, 1h45)
Avec Elia Suleiman, Saleh Bakri, Samar Qudha Tanus…
Critique : Ce « temps qu'il reste », il faut effectivement le comprendre comme celui qui stagne, celui d’une Palestine présente – absente, qui ne sait toujours pas sur quel pied danser, là où l’absurdité des situations quotidiennes procède d’un éternel recommencement. La tentation du renoncement est grande, elle s’empare de ce désormais fameux personnage prostré dont les traits à l’écran sont ceux d’Elia Suleiman lui-même. Revenu chez lui, ce dernier reste coi devant la situation. Il en a perdu son latin, et voit les jeunes encore vindicatifs le regarder avec dédain, alors que sa génération a tant de points communs avec la nouvelle. Davantage que dans « Intervention divine », la mise en scène corrobore cet état de fait en s’articulant autour d’une collection de plans fixes qui n’ont jamais aussi remarquablement oscillé entre le rire et les pleurs. Taiseux et/car éloquents, ces plans composés et graphiques sont autant d’idées, quasiment toutes bonnes. Elia Suleiman se renouvelle au-delà de nos attentes, en magnifiant un style toujours davantage à l’égal de ses aînés Jacques Tati, Aki Kaurismaki et Otar Iosseliani.

A l’écran, Suleiman le Buster Keaton palestinien est effectivement « présent – absent ». Indubitablement là par l’effet comique qu’il provoque et reconduit, mais vraiment au bord de l’effacement par son comportement de débarqué absolu, qui n’a plus de prise sur rien. L’auteur de « Chronique d’une disparition » (1996) a franchi un nouveau pas, et il serait dommage de restreindre son discours de cinéaste à ses seules observations tragi-comiques de la société palestinienne. Lorsqu’une jeune femme, aux deux tiers du film, promène son landau au milieu d’un combat de rue, un soldat de Tsahal lui intime : « Rentre chez toi ! ». Elle lui répond la même chose. Où est Suleiman dans cette scène ? Jacques Tati disait que l’aventure ultime de Monsieur Hulot consisterait en un film dans lequel on ne verrait plus à l’écran le célèbre personnage à la pipe et aux pantalons trop courts. On pourrait néanmoins deviner sa présence grâce à des situations spécifiques de l’esprit Hulot. Suleiman est en train réussir l’équivalent. Pour un auteur à qui on reproche parfois de s’en tenir à un burlesque minimaliste et ronronnant à force de systématisme, c’est plus qu’une victoire, c’est une épiphanie.

Julien Welter







Edité le : 15-02-09
Dernière mise à jour le : 26-08-09


+ de Mouvements de cinéma