Good Bye Lenin ! adopte un postulat de départ assez ressemblant en joignant le coma de la mère d'Alex à celui qui se manifeste justement à l'encontre de l'autre mère, la " mère patrie " que fut la DDR : dissolution trop immédiate pour être raisonnablement appréhendée, joie instinctive suivie d'un chaos existentiel et finalement d'un certain désarroi. Ces sentiments à fleur de peau, Wolfgang Becker réussit à nous les représenter et à nous les faire partager avec une acuité remarquable, en joignant pertinemment à la grande Histoire la petite, celle de la famille d'Alex. Les mésaventures de celle-ci, entre changements brutaux et passéisme problématique, sont donc mises en scène " à hauteur d'homme " et n'en deviennent que plus émouvantes. Pour ce faire, Wolfgang Becker a trouvé le bon interprète, le lunaire Daniel Brühl, qui incarne Alex et donne à sa stature de jeune homme mal assuré un visage chaleureux et mélancolique, celui de la quotidienneté.
En effet Good Bye Lenin ! se situe principalement dans l'appartement de la famille Kerner, sur la Karl Marx Allee (un lieu bien sûr parmi les plus emblématiques) et met donc en scène le drame contemporain allemand d'un point de vue domestique, ce qui lui donne cette touche intimiste et pittoresque qui permet à cette histoire édifiante de ne jamais tomber dans le symbolisme voyant ou caricatural. Avec de très bonnes idées de scénarios, relayées par de bonnes idées de mise scène, Good Bye Lenin ! se transforme en une tragi-comédie distillant une véritable petite musique triste, inspirée et très attachante.
Julien WelterL'idée est aussi simple que grandiose : une citoyenne de la RDA est dans le coma quand se produit la chute du Mur. Mais de crainte que le choc ne lui soit fatal, son fils décide de lui cacher la vérité à son réveil. On lui prescrit alors un voyage dans le temps, on réinvente le cours de l'histoire. Pour justifier cette falsification de la grande Histoire au nom de l'amour filial, le cinéaste ouest-allemand Wolfgang Becker invente une petite histoire mélancolique de femme malade à titre de parenthèse dramaturgique. Laquelle histoire commence en 1978 avec la sortie dans l'espace du premier cosmonaute est-allemand.
A cette époque, commente Alex avec une pointe d'ironie, le " gigantesque club de tir RDA " n'avait rien à envier aux grandes puissances, mais la famille, elle, filait un mauvais coton. Papa s'était tiré pour passer à l'Ouest, maman s'était retrouvée en psychiatrie pour en sortir dans la peau d'une socialiste pure et dure. Une telle femme, on le comprend, ne survivrait pas à la dissolution soudaine de la RDA. La braderie à la vitesse grand V de l'ancien régime nous est présentée comme un étrange numéro de music-hall. Et puisqu'il faut absolument épargner ce spectacle à maman, que faire sinon ressusciter la bonne vieille RDA d'antan ! Certes, il est assez drôle de voir Alex se mettre en quatre pour présenter un concombre venu tout droit de Hollande comme un produit du terroir, jurer dur comme fer que le coca-cola est en fait une invention de la RDA volée par l'Ouest et enfin reconquise, ou faire de la télévision de la RDA une machine à remonter le temps avec la complicité d'un cinéaste amateur. Mais en guise de portrait de la RDA, Becker s'intéresse un peu trop aux accessoires de l'ancien régime, abhorrés naguère et désormais adulés, plutôt que d'explorer les profondeurs de la détresse est-allemande. Pourtant, le film veut être plus qu'une simple comédie. Même la mélancolie du déclin dans la dernière partie du film est illustrée par la maladie de la mère et une banale tragédie familiale. Le concept même du film est réduit à l'absurde quand la mère avoue n'avoir jamais été la socialiste convaincue qu'elle a simulé pendant dix ans devant ses enfants. Ainsi se referme la boucle de la mystification, mais après un tel aveu, le personnage et l'histoire inventée par amour pour elle perdent beaucoup de leur crédibilité et de leur consistance.
Martin Rosefeldt







RSS
Facebook
Twitter