
GB 1935, 83 min.Réalisation : Alfred Hitchcock. Avec Robert Donat, Madeleine Carroll, Lucie Mannheim, Godfrey Tearle, Peggy Ashcrof

L’INTRIGUE
À Londres, le Canadien Richard Hannay rencontre à la sortie d'un spectacle une mystérieuse Mrs. Smith, employée des services secrets, qui le supplie de lui ouvrir sa porte pour échapper à ses poursuivants. Le lendemain à l’aube, elle s’effondre devant lui, un couteau planté entre les deux omoplates. Avant de rendre l’âme, elle lui tend une carte d’Ecosse avec une annotation, demande à Hannay de s’y rendre pour rechercher le chef d’un réseau d’espionnage appelé « Les 39 marches ». Hannay part en train pour l’Ecosse et tente de rejoindre le point indiqué sur la carte. Il se rend compte, mais un peu tard, qu’on le soupçonne d’avoir tué la jeune espionne. Ce n’est que le début d’une chasse à l’homme haletante dans les Highlands en Ecosse. Le film, qui tient le spectateur en haleine, est aussi teinté de nombreuses notes d’humour...
L’INNOCENT TRAQUE
La figure du faux coupable traverse l’œuvre d’Alfred Hitchcock comme un leitmotiv. Elle apparaît dans l’un de ses tout premiers films, un muet de 1927, « Les cheveux d’or », mais c’est dans ce film tourné en Angleterre qu’elle acquiert une réelle notoriété. Richard Hannay est un citoyen lambda poursuivi par une bande d’espions, le réseau des 39 marches, dont, en plus, il ne sait rien.
L’art d’Hitchcock est de choisir pour héros un personnage parfaitement anodin, avec lequel le spectateur s’identifie immédiatement, ce qui serait plus difficile avec un policier ou un agent des services secrets. Poussé par le succès fracassant du film, Hitchcock a réutilisé maintes fois le personnage de l’homme accusé à tort, par exemple dans « La loi du silence » (1953), « La main au collet » (1955), « Le faux coupable » (1956) et, bien sûr, « La mort aux trousses » (1959).
LE PREMIER « MACGUFFIN » DANS UN FILM D’HITCHCOCK
Le réseau d’espionnage des 39 marches est un « Mac Guffin » typique. De quoi s’agit-il au juste ? Dans une conférence qu’il avait tenue à l’Université de Columbia quatre ans après la première du film, Hitchcock s’explique : « Ce pourrait être un nom écossais dans une histoire de deux hommes qui prennent le train. Le premier demande au second : « C’est quoi ce paquet dans le filet au dessus de la banquette ? ». « Eh bien », répond le second, « c’est un MacGuffin. » « C’est quoi un MacGuffin »‚ « Un MacGuffin est un appareil qui sert à attraper les lions dans les monts d’Ecosse »‚ « Mais, dans cette région, il n’y a pas de lions »‚ « Alors ce ne doit pas être un MacGuffin. » « Voyez-vous, un MacGuffin, ce n’est rien. »
Le MacGuffin est un prétexte qui représente tout et rien à la fois. Une béquille au service de l’intrigue, un élément qui fait rebondir l’histoire, mais sans importance en soi. Quelques exemples de « Mac Guffins » qui ont marqué l’histoire du cinéma : le contenu des bouteilles de vin dans « Les enchaînés », les 40.000 dollars volés dans « Psycho », le microfilm dans « L’éteau », le mot « Rosebud » dans « Citizen Kane », la statuette de faucon dans « Le faucon maltais » et, last but not least, la valise dans « Pulp Fiction ».
LES TRAINS
Les scènes de trains sont innombrables dans l’œuvre d’Hitchcock. Le maître du suspense le reconnaît : il a un faible pour ce moyen de locomotion. Le train est plus romanesque que la voiture ou l’avion, où la caméra est nécessairement engoncée par manque de place. Dans un train, l’intérêt est de pouvoir filmer le mouvement dans le mouvement – comme on le voit dans « Les 39 marches », « Une femme disparaît », « L’inconnu du Nord-Express », « La mort aux trousses », « Agent secret » etc...
JOHN BUCHAN, l’AUTEUR DU ROMAN « LES 39 MARCHES »
En 1935, année où le film sort en salles, l’auteur du roman qui en constitue la trame a gravi quelques échelons : il porte le titre de « Baron Tweedsmuir » et est gouverneur général du Canada. Au départ, il n’accepte qu’à contrecœur les libertés prises par Hitchcock dans l’adaptation de son roman (paru en 1915). Ainsi, la figure de « Mister Memory » est une invention d’Hitchcock. C’est un homme à la mémoire fabuleuse qui n’apparaît qu’au début et à la fin du film. De même pour le couple en Ecosse, chez qui Hannay trouve provisoirement refuge dans sa fuite. Le réalisateur s’est ici inspiré de l’histoire d’un vieux fermier blanc en Afrique du Sud.
C’est dans « Les 39 marches » que le personnage de Richard Hannay apparaît pour la première fois. Il sera également le principal protagoniste dans quatre autres romans d’espionnage de l’auteur, qui s’est inspiré d’une figure réelle, Edmund Ironside, l’un de ses amis lorsqu’il vivait en Afrique du Sud. Pendant la guerre des Boers, ce dernier avait effectivement travaillé comme espion. Rétrospectivement, « Les 39 marches » est devenu le classique de Buchan ; ses autres écrits, notamment des romans et essais historiques, pourtant de très belle facture, sont plutôt tombés désuétude. Des années plus tard, il concédera que « l’adaptation à l’écran était meilleure que [son] propre roman ».
HITCHCOCK SUR SON PIÉDESTAL
« Les 39 marches » est, à n’en pas douter, le film le plus connu et le plus important de tous ceux tournés par le cinéaste en Angleterre. Pour la première fois, il y déploie complètement son style si particulier, même si certains des thèmes, des motifs ou allusions sont déjà présents dans ses films antérieurs. Longtemps, « Les 39 marches » a été considéré comme LE chef-d’œuvre d’Hitchcock. Vu la profusion d’œuvres insignes du maître, il est certain que l’affirmation est discutable. André Bazin a déclaré au sujet des 39 marches : « Ce film reste sans conteste son chef-d’œuvre, un modèle du genre pour les comédies policières ». Hitchcock excelle dans les transitions rapides. Il ne s’attarde pas sur la vraisemblance de ce qu’il montre, crée chaque scène comme un court métrage à part entière. Selon lui, « Il faut faire succéder une idée à une autre en sacrifiant tout à la vitesse. La vraisemblance ne m’intéresse pas. Un critique qui me tient le discours de la vraisemblance manque d’imagination. »
Quelques-unes des scènes – celle par exemple où Hannay trouve refuge dans la campagne écossaise chez un couple dont le mari est jaloux – densifient l’instant, le geste à tel point qu’ils se gravent dans la mémoire du spectateur. La caméra de Bernhard Knowles parvient à composer, notamment dans les scènes de fuite sur la plaine écossaise, des tableaux qui ne sont pas sans rappeler les impressionnistes. Le montage de Derek N. Twist, radical et virtuose, a le génie de transitions inoubliables, par exemple le cri de la femme de ménage découvrant le cadavre de l’espionne qui se fond dans le sifflet strident du train qui s’engouffre dans le tunnel.
Original allemand de Nana A.T. Rebhan
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vos commentaires
9 commentaire(s)
Merci | Patrick
12.11.2009 - 22h42
Merci Arte pour ce film (un vrai film), merci aussi pour la VO. Aucune version ne peut remplacer la voix de l'acteur, ni les bruitages de la bande son originale ! Merci enfin pour cet exposé si instructif. Il manque peut-être des liens permettant de poursuivre sur wikipedia, par exemple. Tous ceux qui se plaignaient de l'heure tardive de l'exceptionnel "Cinema de minuit" sur France3, seront ravis de découvrir de tels films, à une horaire où même des enfants pourront acquerir une culture cinematographique au même titre qu'on leur faire découvrir en classe les chefs-d'oeuvres de la littérature classiques. C'est un prix bien agréable pour nous, pour initier de futurs nouveaux talents, à un art désormais accessible au plus grand nombre, que de démocratiser ses classiques.
V.O.S.T. | Alios
12.11.2009 - 21h07
Un film anglo-saxon en V.O.!! On croit rêver, ça n'arrive plus jamais depuis qu'arte a pris la détestable - et indigne pour une chaîne culturelle- habitude de ses versions soit-disant mixtes, qu'on n'arrive jamais à régler...Mais comme par hasard, cette diffusion en V.O.S.T. n'était pas annoncée dans les programmes ! Shame on you, arte !Et s'il vous plaît, changez votre politique de diffusion des films étrangers. Je ne paie pas ma redevance pour un tel manque de sérieux...
VO - VF | dijine
12.11.2009 - 21h07
un film passant pour être majeur dans l"oeuvre d hitcock en VO c est faire preuve de sectarisme culturel pour la langue française
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