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50 ans d'amitié franco-allemande

Pour commémorer les cinquante ans du traité de l'Elysée, ARTE consacre une programmation spéciale à cet événement historique.

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50 ans d'amitié franco-allemande

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50 ans d'amitié franco-allemande

9 septembre 1962 - 50 ans - 28/09/12

Ludwigsburg : Hollande et Merkel commémorent le discours du général de Gaulle



Du 4 au 9 septembre 1962, Charles de Gaulle accomplit un voyage officiel en Allemagne fédérale. A Ludwigsburg (Baden Württemberg), depuis la cour du château, il s'adresse en particulier à la jeunesse allemande – déclaration qui déclenche une vague d’enthousiasme et qui entraîne de nombreuses personnes à s’impliquer pour la construction de l’Europe.



Cinquante ans plus tard, le samedi 22 septembre, François Hollande et Angela Merkel se sont retrouvés à Ludwigsburg pour commémorer le discours du général. La rencontre entre les deux chefs d’Etat a donné le coup d’envoi des célébrations du cinquantième anniversaire de la réconciliation franco-allemande (Traité de l’Elysée, 22 janvier 1963), qui s'étalent jusqu’en juillet 2013.

Contrairement à De Gaulle, qui avait appris par cœur son discours en allemand, le président et la chancelière se sont exprimés chacun dans leur langue. "J'avais 8 ans à l'époque du discours. Le mur était érigé depuis un an. Je vivais en RDA. A l'époque, on croyait cette division irréversible", a d'abord raconté Angela Merkel. Avant de se féliciter de la réunification allemande et de la réconciliation franco-allemande, socle d'une "unification européenne qui a ouvert la porte de la prospérité sur un continent déchiré par des siècles de guerre". La chancelière a aussi évoqué les difficultés actuelles auxquelles est confrontée l'Europe, notamment le chômage des jeunes et le défi démographique. "L'Allemagne et la France ont une responsabilité particulière" dans la résolution de la crise, a-t-elle souligné.

Evoquant "les déséquilibres de la finance", "l'ampleur des dettes accumulées", "le chômage élevé" et "l'angoisse des jeunes pour leur avenir", François Hollande a jugé que l'Europe doit surmonter "une crise morale". "La réponse à la crise de l'Europe à un nom : l'Europe elle-même", a lancé le président, soulignant ainsi la nécessité d'aller de l'avant dans l'intégration et de prolonger ainsi l'œuvre des pères fondateurs de l'unification, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. "Construisez l'Europe à votre image : exigeante, morale, généreuse, ouverte", a ensuite dit François Hollande. Et de conclure en s'adressant à la jeunesse franco-allemande et européenne : "C'est à vous maintenant de donner réalité à vos espérances et un avenir au rêve européen."

La cérémonie et les discours


Contexte historique
Du 4 au 9 septembre 1962, le général de Gaulle réalise un triomphal voyage en Allemagne fédérale, événement sans précédent qui marque profondément le rapprochement franco-allemand. Quelques mois plus tôt, en juillet, le chancelier Adenauer avait lui-même accompli une visite officielle en France d'une exceptionnelle solennité. Après Cologne, Ernich, Bonn ou Hambourg, le président français - accompagné de Maurice Couve de Murville (le ministre des Affaires étrangères) - arrive le 8 septembre à Munich.

Dès sa descente d'avion, il est accueilli par le gouvernement de Bavière et les membres de la municipalité. Il prend alors la parole pour rappeler les liens millénaires qui rapprochent les deux peuples. Puis, le cortège traverse les rues de la ville où les Munichois sont venus nombreux saluer le président. Devant le musée de l'Armée, le général de Gaulle dépose une gerbe devant le tombeau du soldat inconnu, puis, à l'Hôtel de Ville, en présence du ministre-président de Bavière (Hans Ehard) et du maire de Munich (Hans-Jochen Vogel), il signe le livre d'or de la cité.

Le lendemain, 9 septembre, il s'envole pour Stuttgart. Au château de Ludwigsburg, il est accueilli par le président de la République fédérale Heinrich Lübke et le ministre président de Baden-Württemberg, Kurt Georg Kiesinger. Dans le parc du palais, les trois hommes, très acclamés, prennent alors la parole devant une assemblée de jeunes Allemands. En réponse au discours du président Lübke, le général de Gaulle - qui prononce son allocution en allemand - encourage la jeunesse à soutenir l'effort des deux États vers la voie de la coopération économique, politique et culturelle de l'Europe. Depuis l'échec du plan Fouchet en avril 1962 (où la France proposait à ses partenaires un projet structuré d'union politique), le général de Gaulle favorise le rapprochement franco-allemand pour soutenir l'émergence dune troisième voie européenne forte, entre Soviétiques et Nord-Américains. Quelques mois après ce voyage, le 22 janvier 1963, le président français et le chancelier Adenauer signeront le Traité de l'Élysée : substitut du plan Fouchet, cet accord devra favoriser la construction de l'Europe sur l'axe fort Paris-Bonn.


Transcription du discours de Charles de Gaulle
Quant à vous, je vous félicite ! Je vous félicite, d'abord, d'être jeunes. II n'est que de voir cette flamme dans vos yeux, d'entendre la vigueur de vos témoignages, de discerner ce que chacun de vous recèle d'ardeur personnelle et ce que votre ensemble représente d'essor collectif, pour savoir que, devant votre élan, la vie n'a qu'à bien se tenir et que l'avenir est à vous. Je vous félicite, ensuite, d'être de jeunes Allemands, c'est-à-dire les enfants d'un grand peuple.

Oui ! D'un grand peuple ! qui parfois, au cours de son Histoire, a commis de grandes fautes et causé de grands malheurs condamnables et condamnés. Mais qui, d'autre part, répandit de par le monde des vagues fécondes de pensée, de science, d'art, de philosophie, enrichit l'univers des produits innombrables de son invention, de sa technique et de son travail, déploya dans les couvres de la paix et dans les épreuves de la guerre des trésors de courage, de discipline, d'organisation. Sachez que le peuple français n'hésite pas à le reconnaître, lui qui sait ce que c'est qu'entreprendre, faire effort, donner et souffrir. Je vous félicite enfin d'être des jeunes de ce temps. Au moment même où débute votre activité, notre espèce commence une vie nouvelle.

Sous l'impulsion d'une force obscure, en vertu d'on ne sait quelle loi, tout ce qui la concerne dans le domaine matériel se transforme suivant un rythme constamment accéléré. Votre génération voit et, sans doute, continuera de voir se multiplier les résultats combinés des découvertes des savants et de l'agencement des machines qui modifient profondément la condition physique des hommes. Mais le champ nouveau et prodigieux qui s'ouvre ainsi devant vos existences, c'est à ceux qui ont aujourd'hui votre âge qu'il appartient de faire en sorte qu'il devienne la conquête, non de quelques privilégiés, mais de tous nos frères les hommes. Ayez l'ambition que le progrès soit le bien commun, que chacun en ait sa part, qu'il permette d'accroître le beau, le juste et le bon, partout et notamment dans les pays qui, comme les nôtres, font la civilisation, qu'il procure aux milliards d'habitants des régions sous ?developpées de quoi vaincre à leur tour la faim, la misère, l'ignorance et accéder à une pleine dignité. Mais la vie du monde est dangereuse. Elle l'est d'autant plus que, comme toujours, l'enjeu est moral et social.

II s'agit de savoir si, à mesure de la transformation du siècle, l'homme deviendra, ou non, un esclave dans la collectivité, s'il sera réduit, ou non, à l'état de rouage engrené à tout instant par une immense termitière ou si, au contraire, il voudra et saura maîtriser et utiliser les progrès de l'ordre matériel pour devenir plus libre, plus digne et meilleur. Voilà la grande querelle de l'univers, celle qui le divise en deux camps, celle qui exige de peuples comme l'Allemagne et comme la France qu'ils pratiquent leur idéal, qu'ils le soutiennent par leur politique et, s'il le fallait, qu'ils le défendent et le fassent vaincre en combattant ! Eh bien ! cette solidarité désormais toute naturelle il nous faut certes, l'organiser. C'est là la tâche des Gouvernements. Mais il nous faut aussi la faire vivre et ce doit être avant tout l'oeuvre de la jeunesse. Tandis qu'entre les deux États la coopération' économique, politique, culturelle, ira en se développant, puissiez ?vous pour votre part, puissent les jeunes Français pour la leur, faire en sorte que tous les milieux de chez vous et de chez nous se rapprochent toujours davantage, se connaissent mieux, se lient plus étroitement ! L'avenir de nos deux pays, la base sur laquelle peut et doit se construire l'union de l'Europe, le plus solide atout de la liberté du monde, c'est l'estime, la confiance, l'amitié mutuelles du peuple français et du peuple allemand.


Sources : AFP, INA, SWR.


Edité le : 07-09-12
Dernière mise à jour le : 28-09-12