Taille du texte: + -
Accueil > Europe > Karambolage

Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 15 juillet 2012 > le rite : le défilé militaire du 14 juillet

Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Karambolage 272 - 15/07/12

le rite : le défilé militaire du 14 juillet

Hier, c’était le 14 juillet, jour de la fête nationale française. Elsa Clairon nous propose de l’accompagner au défilé militaire sans lequel le 14 juillet ne serait pas le 14 juillet.

Previous imageNext image

L’année dernière, Eva Joly, candidate écologiste à la présidence de la République, suggérait de remplacer le défilé militaire du 14 juillet par un rassemblement citoyen. Oser toucher au défilé militaire ! Impensable ! Ses propos ont scandalisé une bonne partie de la France, et pas seulement à l’extrême droite. Le Premier ministre de l’époque, François Fillon, a cru bon de répliquer en dénonçant le manque de racines françaises d’Éva Joly, autrement dit, en insistant sur le fait qu’Éva Joly est une Française naturalisée – elle est d’origine norvégienne - et non pas une Française de souche comme on dit.

Bon, vous venez ? Allons voir ensemble ce fameux défilé ! Regardez : il est dix heures, le président de la République, entouré de son gouvernement et de ses invités, gagne la tribune officielle dressée sur la place de la Concorde. Difficile de se frayer une place sur les Champs-Élysées : c’est noir de monde, c’est vrai que le défilé est très populaire en France. Mais attention, les troupes s’ébranlent sur la place de l’Étoile. Savez-vous qu’environ 6000 militaires vont defiler ?

Voici les unités à pied qui marchent au pas - 120 pas la minute - avec notamment les élèves des écoles militaires, Saint-Cyr, l’Ecole de la Marine - le pompon rouge a toujours son petit succès - ou Polytechnique qui forme ce que l’on appelle l’élite de la nation. Regardez les parents rougir de fierté sur les bas-côtés ! C’est un immense honneur pour les militaires que d’être de cette parade, quant au porte-drapeau… Ah voilà les magnifiques Chasseurs alpins, tout un régiment de gendres idéaux, ils défilent eux, à 140 pas minute. Voyez le public applaudir à tout rompre !
C’est au tour des unités montées, la célèbre Garde républicaine avec quelques 240 chevaux qui sont instamment priés de se tenir correctement, l’opprobre général retombant inévitablement sur le cavalier en cas de faux-pas.
Place aux unités motorisées, quelques 500 véhicules dont une centaine de motos. Évidemment, ce sont les chars d’assaut qui impressionnent le plus…
Il ne faut pas oublier les délégations militaires étrangères invitées par le président de la République : ainsi, en 1994, une unité allemande de l'Eurocorps avait été invitée par François Mitterrand. Bon, tout le monde n’était pas franchement emballé, mais passons. Nettement plus consensuel, le défilé des détachements de chacun des 26 autres pays de l'Union européenne invités par Nicolas Sarkozy en 2007.
Et c’est rituellement la Légion étrangère qui défile solennellement en tout dernier avec ses 88 pas à la minute, un pas freiné par l’ardeur du soleil des pays exotiques.
J’allais oublier le clou du défilé, les unités aériennes. Une soixantaine d’avions et d’hélicoptères qui vrombissent et rappellent à nos ennemis potentiels qu’ils n’ont qu’à bien se tenir, tandis que la patrouille de France repeint le ciel de Paris aux couleurs du drapeau national.

Bon, maintenant que le défilé s’achève, penchons-nous un peu sur son histoire. Pardon, vous voulez savoir combien cela a coûté au contribuable français ? Oh, il est très difficile d’obtenir des renseignements sur ce sujet, on estime à environ 4 millions d’euros le coût du défilé, mais ne soyez pas mesquins, la fierté nationale n’a pas de prix ! En fait, l’adoption du 14 juillet comme fête nationale date de 1880, c’est un choix républicain. Mais, contrairement à ce que l’on croit souvent en France, la date n’a pas été choisie en premier lieu pour commémorer la prise de la Bastille de 1789, événement central de la Révolution française, mais surtout pour commémorer un événement moins connu : la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, une fête qui, un an après la Révolution, devait tenter justement de fédérer le pays, de lui donner un semblant d’ordre en invitant toutes les fédérations régionales de gardes nationaux. Et c’est la raison pour laquelle la fête nationale s’est organisée d’emblée en 1880 autour d’un défilé militaire. Curieux paradoxe : le 14 juillet est une invention de la gauche républicaine, mais le défilé militaire avec ses valeurs d’ordre et de discipline est plutôt associé à la droite.

Quoi qu’il en soit, le défilé du 14 juillet a de beaux jours devant lui. Nos amis allemands, s’ils sont originaires de l’Allemagne de l’Ouest ne peuvent regarder ça qu’avec de grands yeux ébahis, les défilés militaires étant proscrits depuis la deuxième Guerre mondiale, quant à ceux de l’Est, cela leur rappelle certainement quelques souvenirs…  Eh oui, la France partage ce grand moment avec quelques pays que nous ne citerons pas et qui sont bien connus pour leur soutien indéfectible aux valeurs démocratiques.


Texte : Elsa Clairon
Image : Gilles Roqueplo


Edité le : 04-07-12
Dernière mise à jour le : 31-08-12


+ de Europe