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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Émission du 11 décembre 2011 > le rite : la fête des saints

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Karambolage 252 - 11/12/11

le rite : la fête des saints

Dorothea Jung se penche sur une coutume française qui étonne toujours nos amis allemands.

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Il existe une drôle de coutume à la télévision française. Le soir, à la fin de la météo, l’animatrice vous annonce le nom du Saint ou de la Sainte qu’il convient de fêter le lendemain. "N’oubliez pas, demain nous fêterons les Sébastien !"

Beaucoup de Français diront donc le lendemain à un collègue de travail qui se prénomme Sébastien :  "Bonne fête, Sébastien !". Sébastien, ému, dira : "Merci", et tout le monde se remettra au boulot. Eh oui, c’est comme ça, à travers cette tradition, la France, ce pays qui aime brandir sa laïcité, rappelle qu’il est de culture profondément catholique.

Certes, la coutume existe aussi en Allemagne où le "Namenstag", comme on appelle cette fête, a encore une certaine importance dans des familles catholiques, mais c’est beaucoup moins répandu.

C’est que l’Allemagne est partagée entre catholiques et protestants et les Protestants ne vénèrent pas les saints, eux. C’est pourquoi, en Allemagne, vous ne trouverez pas de noms de saints inscrits sur tous les calendriers, comme c’est l’usage en France.

Les premiers Chrétiens, pour se distinguer, portent le nom d’un apôtre ou d’un martyr chrétien. Mais c’est au Moyen Âge, à l’époque des croisades, que cette coutume se répand massivement. Et dorénavant, on donne également des noms issus de l’Ancien, puis du Nouveau Testament et on utilise même les grandes fêtes liturgiques : on n’hésite pas à prénommer son enfant Noël, mais aussi Toussaint ou Pascal, d’après la plus grande fête chrétienne, Pâques.

Et c’est au XVIe siècle que l’Eglise catholique impose, pour le baptême, le prénom d’un saint, censé protéger l’enfant et être son intercesseur auprès de Dieu. On baptise alors son enfant du nom du saint fêté le jour même du baptême. Du coup, ce jour devient plus important que celui de la naissance - dont les gens ignorent souvent la date, par ailleurs.

Les missionnaires perpétuent cette coutume dans les pays qu’ils christianisent. Et, pour se montrer des bons Catholiques zélés, nombreux sont les nouveaux croyants à donner pour prénom à leur nouveau-né le nom du saint fêté le jour de sa naissance. Ce qui donne lieu à certains quiproquos. Ainsi, on raconte que plus d’un enfant né le 14 juillet se serait appelé Fêtnat. Pourquoi ? Parce que ce jour–là, le calendrier indique Fête Nat., abréviation de Fête nationale.

Mais cela relève peut-être de la légende. Aujourd’hui, la fête est réduite à un sympathique rituel social, souvent vidé de son sens religieux, sauf dans les milieux très croyants. À propos, comme il y a beaucoup plus de saints que de jours, chaque jour doit servir à plusieurs saints. Ainsi par exemple, demain 12 décembre, nous fêterons en France, Corinne, Coralie, Corentin, Alfred, Conrad et Callixte. Surtout, n’en oubliez aucun !


Texte : Dorothea Jung
Image : Laure Dorin

Edité le : 09-12-11
Dernière mise à jour le : 19-12-11


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