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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Emission du 8 mars 2009 - 08/03/09

le portrait : Poulidor

Poulidor


Vincent Lecoq nous dresse aujourd’hui le portrait d’un coureur cycliste qui est très cher au cœur des Français mais que les Allemands connaissent très très peu.


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Connaissez-vous cet homme ? Bien sûr, c’est Raymond Poulidor. Enfin, les Français l’appellent plus souvent affectueusement "Poupou".

C’est un très, très grand coureur cycliste. Mais aujourd’hui, il a 73 ans et ça fait longtemps qu’il ne grimpe plus les cols. Alors, pourquoi Karambolage vous le présente-t-il ? C’est que Poulidor, c’est plus que Poulidor. En France, Poulidor est devenu un symbole très particulier. Car, même si Poulidor a fait vibrer les foules de 1960 à 1977, même s’il a remporté 189 victoires et s’est constitué l’un des plus beaux palmarès du sport français, Poulidor a souffert d’une tare fatale, une tare qui, paradoxalement, l’a fait entrer dans la légende.

Figurez-vous que ce champion n’est jamais parvenu à gagner le tour de France. Pire, il s’est classé trois fois deuxième et cinq fois troisième. Il a couru la grande boucle quatorze fois sans jamais parvenir à endosser le fameux maillot jaune de leader du classement général. Raymond Poulidor, c’est l’éternel second. Celui qui fait de son mieux, qui combat vaillamment mais se fait dépasser au dernier moment par un plus fort, un plus grand, ou un plus chanceux.

Celui qu’on aime et qu’on voudrait voir gagner mais celui qui, abonné aux coups du sort, tombe, crève ou se fait renverser par une moto. Mais aussi celui qui se relève, se redresse, ravale sa déception, sa tristesse, retourne au charbon et n’abandonne jamais.

Il fallait voir la France le soutenir massivement tandis qu’elle sifflait Jacques Anquetil, l’autre grand champion de l’époque, celui à qui tout réussissait et qui alignait avec aisance et arrogance cinq victoires dans le Tour de France. Alors, bizarrement, la France a commencé à s’identifier à ce magnifique perdant, à ce petit gars issu du peuple qui lui ressemblait singulièrement, un petit gars si sympathique, avec cette modestie naturelle, cette incarnation du courage contre l’adversité.

Peu à peu, le nom de Poulidor est entré dans le langage populaire comme synonyme de second. Tous les domaines peuvent ainsi avoir leur Poulidor. On parle du Poulidor du basket, du rugby, du football, mais aussi du Poulidor de la littérature, de la politique ou de la chimie moléculaire. Le "Syndrome Poulidor", c’est une sorte de fatalisme à la française, un mélange de complexe d’infériorité et de résignation.

L’expression, probablement, de ce que ressentait la France de cette époque, des années 70 et 80, une France qui commençait à comprendre qu’elle n’avait pas de pétrole, que son influence sur le plan international n’était plus la même, qu’elle était maintenant condamnée à jouer, elle aussi, les seconds rôles. En juillet 1998, la France gagne la Coupe du monde de football. Elle exulte, elle croit avoir brisé le mauvais sort qui la vouait jusqu’alors à l’échec, elle pense en avoir fini avec le "Syndrome Poulidor", mais le succès est de courte durée. Poupou rôde toujours.

Texte : Vincent Lecoq
Image : Joyce Colson & Bastien Tourneux

Edité le : 06-03-09
Dernière mise à jour le : 19-07-10


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