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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 10 mai 2009 > le portrait : Bertrand Delanoë et Klaus Wowereit

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Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Emission du 10 mai 2009 - 10/05/09

le portrait : Bertrand Delanoë et Klaus Wowereit

Bertrand Delanoë et Klaus Wowereit


Volker Saux se livre à un portrait comparé de deux personnalités importantes : le maire de Paris, Bertrand Delanoë et le maire de Berlin, Klaus Wowereit.

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Bertrand Delanoë, Klaus Wowereit : étonnant à quel point les maires de Paris et de Berlin se ressemblent. Nés à quelques années d’intervalle, tous les deux sont depuis 2001 maire de la capitale de leur pays, et ils y sont plutôt populaires. Tous deux aspirent à de plus hautes fonctions encore : Delanoë aurait bien aimé être candidat à la présidence de la république et Wowereit se verrait bien chancelier.

Et tous les deux ont contribué à briser un tabou: celui de l’homosexualité en politique. Delanoë et Wowereit sont en effet connus pour avoir l’un comme l’autre fait leur "coming out" en public, devant les caméras de télévision. Dans un style différent, mais de manière plutôt habile. Et sans que cela n’ait vraiment entaché leur popularité.

Delanoë a franchi le pas en 1998, alors qu’il n’était encore que sénateur, dans une émission de grande écoute. Il s’est confié à son interviewer sur ses préférences sexuelles, assis dans un canapé, en jean et chemise. La France était alors en plein débat sur le Pacs, une sorte de "mariage light" ouvert aux homos comme aux hétéros. Wowereit, lui, a préféré la méthode forte : en 2001, en pleine campagne pour la mairie de Berlin, il lance sans prévenir lors d’une réunion politique : "Ich bin schwul – und das ist auch gut so. " "je suis gay – et c’est bien comme ça." La phrase est rentrée directement au Panthéon des citations politiques allemandes !

Mais malgré tous leurs points communs, les deux hommes, qui entretiennent d’ailleurs de bonnes relations, se ressemblent-ils vraiment autant qu’ils en ont l’air ? Wowereit, comme les anciens chanceliers Gerhard Schröder et Willy Brandt, qu’il admire, perpétue le mythe du self-made-man à l’allemande. Dans son autobiographie parue en 2007, il raconte son enfance difficile dans le quartier populaire de Tempelhof, à Berlin. C’est si touchant qu’on l’a accusé de vouloir faire pleurer dans les chaumières…

Wowereit a été élevé par une mère seule, au milieu de quatre frères et sœurs, dont plusieurs sont décédés et l’un paralysé après un accident. Il est le premier dans sa famille à faire des études. Diplômé de droit, il se lance très vite en politique. À 31 ans, il devient le plus jeune conseiller municipal (Stadtrat) de Berlin. Il grimpe ensuite les échelons jusqu’au fauteuil de maire.

Wowereit a longtemps traîné une réputation d’incorrigible fêtard aux goûts de luxe. Le "Bürgermeister" - le maire - fut détourné en "Partymeister". Des photos le montraient alors buvant du champagne dans des Stilettos rouges… Bien sûr, tout n’est pas justifié dans cette réputation, et "Wowi" s’est assagi depuis. Mais il garde l’image d’un type affable, souriant, bon vivant, qui déclare que sa pop star favorite s’appelle… Madonna.

Bertrand Delanoë, lui, préférait sans doute la mystérieuse Dalida, qui fut autrefois sa grande amie… Ce n’est pas vraiment le même genre ! C’est à l’image du personnage : on le dit énigmatique, séducteur, mais aussi cassant, autoritaire, colérique… Et surtout très secret. Alors que toute l’Allemagne connaît le visage du compagnon de Wowereit, le chirurgien Jörn Kubicki, la vie privée de Delanoë, elle, reste un vaste point d’interrogation. De son côté, pas de traumatisme d’enfance à signaler, si ce n’est la séparation de ses parents au moment de son arrivée en France. Le maire de Paris est né en Tunisie, dans une famille de classe moyenne. À l’adolescence, il part avec sa mère à Rodez, dans l’Aveyron. Il y débute en politique, avant d’être repéré par François Mitterrand et de monter à Paris.

Là, son parcours se fait plus chaotique : élu député en 1981, il fait ensuite une longue parenthèse dans le privé, avant de revenir à la politique dans les années 90. Avec le succès que l’on sait. Mais si ce Delanoë n’est pas vraiment un joyeux drille, le public l’identifie pourtant à un Paris vivant et festif : la Nuit Blanche, une grande manifestation d’art contemporain, c’est lui. Paris-Plage, les transats en bord de Seine, aussi. Le Vélib, ce système public de location de vélos, idem. Il manque à ce beau tableau les Jeux Olympiques de 2012, qu’il a échoué à décrocher. C’est le grand échec de Delanoë. Il n’a pas non plus la grande cote auprès des automobilistes, qui l’accusent de mener une politique anti-voiture.

Wowereit n’a pas besoin d’en faire autant pour donner envie de faire la fête aux Berlinois : ils la font très bien eux-mêmes ! En revanche, la métropole culturelle et festive allemande manque toujours cruellement de dynamisme économique, d’emploi et de grands sièges sociaux. Wowereit, lui, n’a pas toujours semblé mesurer l’ampleur de ce défi. On lui reproche parfois un côté superficiel, inconséquent, voire opportuniste. À une époque, il avait qualifié Berlin de "arm, aber sexy", "pauvre mais sexy". L’expression a fait mouche, mais elle manque quand même un petit peu d’ambition ! Depuis, la ville s’est trouvé un nouveau slogan : "Be Berlin". C’est censé attirer plus de touristes et d’investisseurs… qui pourront tous atterrir sur le futur aéroport international de Schönefeld, le grand projet de Wowereit.

Delanoë et Wowereit ont quand même un point commun : ce sont des pragmatiques. Pour eux c’est le résultat qui compte ! Leurs alliances - avec les ex-communistes de Die Linke pour Wowereit, avec les Verts pour Delanoë - , sont bien ficelées et calculées. Ils parlent réduction des coûts, maîtrise de la dette. Bref, ces maires-là se posent autant en chefs d’entreprise qu’en hommes politiques.
Jusqu’où cela les mènera-t-il ? Les paris sont ouverts !
Texte : Volker Saux
Image : Philippe Massonnet

Edité le : 06-05-09
Dernière mise à jour le : 10-09-09