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Les moissons du futur

Après "Le Monde selon Monsanto" et "Notre poison quotidien", Marie-Monique Robin enquête sur les méthodes de l'agroécologie aux quatre coins du globe. Un film plein d'espoir sur les solutions possibles à la crise alimentaire.

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Après "Le Monde selon Monsanto" et "Notre poison quotidien", Marie-Monique Robin enquête sur les méthodes de l'agroécologie aux quatre coins du globe. Un film (...)

Les moissons du futur

28/09/12

La milpa, l'agroécologie millénaire

"Les Moissons du futur" de Marie-Monique Robin


Six mille ans… ! Cela fait six mille ans que les peuples mésoaméricains ont domestiqué le maïs à partir de son ancêtre sauvage, la téocinte. Leur travail ancestral de sélection, également appliqué à d’autres plantes vedettes comme le poivron ou le tournesol, fait de l'Amérique centrale l'un des berceaux de l'agriculture, qui se signale encore aujourd’hui à travers le paysage typique de la milpa.

La milpa ? Non, ce n’est pas un légume exotique, mais plutôt trois, un éco-système qui consiste à combiner étroitement trois cultures, le maïs, les haricots et les courges, associés comme les organes d’une même plante. Technique culturale millénaire, et nom donné aux champs ainsi plantés, la milpa est également un élément central dans l'organisation sociale des différentes communautés, unies par les échanges des meilleures semences entre paysans. Au-delà d’un système agroécologique des plus anciens et des plus efficaces, la milpa continue de véhiculer des connotations mystiques liées au culte du maïs, qui en font un pilier de la vie culturelle indienne.




De taille réduite - moins de deux hectares en moyenne - la milpa permet une utilisation optimale des ressources naturelles. Concrètement, le maïs nécessite une bonne irrigation et un fort apport en azote pour sa croissance. Or, l'azote est fixé naturellement dans le sol par les plants de haricots, qui de leur côté grimpent sur les tiges robustes du maïs pour se développer verticalement. L'espace horizontal, le sol, est occupé par les plants de courges, ou de citrouilles, qui offrent une couverture végétale idéale pour prévenir l'érosion, conserver l’humidité et capter les insectes. Certaines plantes naturelles aux feuilles comestibles nommées quelites, comme l'amarante (le pire ennemi du maïs en monoculture), sont également préservées pour servir d'aliment ou de fourrage.



La milpa est souvent associée à un jardin potager nommé solar, où les campesinos cultivent poivrons, pois, piment mais aussi herbes médicinales, cacao et café. Le système milpa-solar a été sélectionné pour intégrer la liste des Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (Sipam)  reconnus par la FAO (Food and Agriculture Organization). Dans le cadre de ce programme, l'organisation onusienne présente le système milpa-solar dans ces termes : "Les avantages principaux du système milpa-solar, comparé à la monoculture du maïs, sont une production diversifiée et riche de plantes alimentaires sur une petite surface, […] un meilleur état nutritionnel pour les membres de la famille, une meilleure fertilité des sols, […] une production soutenable et écologique permettant de préserver et d'augmenter la biodiversité." Un héritage que les paysans se refusent d'abandonner au nom du supposé progrès, qui en quelques décennies ne leur a apporté que ruine économique et déracinement culturel… Et voici la milpa élevée au rang d’emblème de la résistance face à la "nouvelle conquista" libérale.

 
Benjamin Sourice / M2R Films

Comment on nourrit le monde ?
jeudi, 8 novembre 2012 à 14:10
Pas de rediffusion
(121mn)
ARTE F

Edité le : 16-07-12
Dernière mise à jour le : 28-09-12