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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Émission du 16 octobre 2011 > la chanson : Lili Marleen

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Karambolage 246 - 16/10/11

la chanson : Lili Marleen

Notre journaliste Hajo Kruse nous raconte maintenant l’étonnante histoire d’une des chansons allemandes les plus connues :

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"Vor der Kaserne, vor dem großen Tor, stand eine Laterne, und steht sie noch davor..."
Quelle belle chanson ! Pas étonnant qu'à ce jour, elle ait été traduite dans une cinquantaine de langues. Qui n'a pas fredonné un jour ce tube mélancolique des années 30 ?

Lili Marleen est l'une des chansons les plus connues du répertoire allemand. Ce qui peut surprendre car une connotation désagréable lui colle à la peau. Qui était donc Lili Marleen ? La muse d’un nazi ? Et la chanson, une chanson nazie ? Non, Lili Marleen n’était pas une chanson de propagande nazie, même s’il est vrai qu’elle doit entièrement son succès à la guerre.

Le texte a été écrit dès 1915, autrement dit : pendant la première guerre mondiale. Le poète Hans Leip le rédige juste avant son départ pour le front russe, un soir qu’il est sentinelle. Le contexte est clair : l'homme est à la guerre, sa fiancée Lili Marleen est restée au pays ; accents de nostalgie, serments éternels et peur de la mort…

En 1938, le compositeur Norbert Schultze découvre le poème qui vient d’être publié et le met en musique. L’enregistrement aura lieu un an plus tard à Berlin avec Lale Andersen, une chanteuse de cabaret. Rythme martial feutré, coup de clairon au tout début, voix d’hommes en arrière plan - l'oeuvre n’est vraiment pas facile à classer. Chanson d’amour ou chanson de soldats ? Quoi qu'il en soit, elle fait un flop et sombre rapidement dans l'oubli.

En 1939, c'est le début de la deuxième guerre mondiale. En avril 1941, les Allemands occupent Belgrade. Là, ils s’efforcent de divertir leurs soldats : salles de cinéma, salles de lecture… sans oublier la radio. Radio Belgrade est reconvertie en Radio des forces allemandes à Belgrade. Sa mission : renforcer le moral des troupes. Et pour cela, il faut trouver des disques. Un collaborateur est envoyé à Vienne, il en revient avec un carton plein de disques mis au rebut. Dans le lot, il y a une chanson inconnue de Lale Andersen qui s'appelait à l’époque Lied eines jungen WachtpostensChanson d’une jeune sentinelle. La radio dispose de peu de disques : la chanson passe et repasse sur les ondes plusieurs fois par jour. Elle fait aussitôt un tabac. Les soldats allemands ne sont pas les seuls à s’éprendre de cet air nostalgique. Comme la zone de diffusion de la radio s’étend de la Norvège à l'Afrique du Nord, l’ennemi est à l’écoute. Et lui aussi se met à chanter – en allemand !

La radio militaire de Belgrade fait bientôt de Lili Marleen l'indicatif de son émission de messages Wir grüßen unsere Hörer - Nous saluons nos auditeurs; on y lit des lettres de soldats à leur famille en Allemagne, mais aussi des lettres des familles aux hommes des tranchées. L'émission se termine tous les soirs avec la chanson de Lale Andersen. Et de 21h57 à 22 heures, les armes se taisent – c’est du moins ce que dit la légende. Les soldats de tous les pays et sur tous les fronts ferment les yeux, chantent avec Lale Andersen et pensent à leur foyer. Un engouement qui n’entamera pas la colère de Goebbels, ministre de la propagande, qui déteste cette chanson : elle n’est pas assez guerrière, elle aurait une odeur de cadavre. Mais il ne réussit pas à la faire interdire.

La première version française sort en 1941 ; puis c’est au tour des Anglais en 1944 et pour les Américains, c’est Marlene Dietrich qui chante – en anglais. Aujourd’hui, on ne compte plus les enregistrements de Lili Marleen, de la version heavymetal à la version disco… Une mélodie prégnante, un texte hyper romantique : c’est la recette du succès. De surcroît, Lili Marleen exprime un sentiment que l’on prête volontiers aux Allemands car ils disposent d’un mot très évocateur pour le décrire : "Heimweh" – le mal du pays. Pourtant, depuis Lili Marleen, preuve est faite que ce sentiment est universel !

Encore une chose : l’armée allemande a encore aujourd’hui sa radio à destination des soldats. Elle s’appelle Radio Andernach et diffuse de la musique et des messages pour les troupes en mission à l’étranger, par exemple en Afghanistan. Bien sûr, Lili Marleen est toujours diffusée.
Texte : Hajo Kruse
Image : Micki Fröhlich

Edité le : 14-10-11
Dernière mise à jour le : 02-11-11


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