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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Emission du 12 Octobre 2008 - 12/10/08

l'usage : les notes de musique

Vous connaissez la gamme : Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do. En français. C, D, E, F, G, A, H, C en allemand. Nikola Obermann nous explique pourquoi il en est ainsi.

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Regardez ce mot : BACH, enfin BACH pour les Allemands. C’est l’un des plus grands compositeurs allemands. Vous le saviez. Mais saviez-vous que c’est aussi de la musique ? B A C H, ça donne ça b a c h, la, la la la. Car, en allemand, les notes ne s’appellent pas do ré mi fa sol la si do comme en France ou en Italie mais c d e f g a h c et b pour le si bemol. Les compositeurs allemands peuvent donc s’amuser à écrire des mots en musique. Johann Sebastian Bach lui-même a profité en toute modestie de cette aubaine en integrant le motif BACH dans plusieurs de ses oeuvres.

Robert Schumann, lui, a composé une œuvre autour des notes ABEGG, du nom d’une jeune femme, Meta Abegg, et Alban Berg a caché dans l’une de ses œuvres ses initiales a b et celles de son amante Hannah Fuchs, h f. En France, un compositeur aurait un peu plus de mal à immortaliser son couple, à moins qu’il ne se prénomme Rémi et sa fiancée Mimi... Alors, pourquoi est-ce qu’on dit do ré mi fa sol la si do en France et c d e f g a h c en Allemagne ? Pendant des millénaires, la musique s’est transmise oralement. Ce sont les Grecs qui possèdent le premier système de notation : ils utilisent 24 lettres mais ça reste très théorique et très compliqué.

En 625, l’Evêque Isidore de Séville va même jusqu’à déclarer qu’il est impossible de noter la musique. Il faut attendre le neuvième siècle pour voir apparaître les neumes, des sortes de points, de virgules et de crochets qu’on écrit dans le texte du chant liturgique et qui indiquent sur quel mot la voix doit monter et descendre. Mais si on ne connaît pas la mélodie, les neumes ne servent à rien. C’est là qu’intervient au 11ième siècle Guido d’Arezzo, un moine bénédictin de Pomposa. Pour aider ses élèves à apprendre les différents chants, donc à mémoriser des intervalles, il invente une gamme de six notes, l’hexacorde, qu’il place sur une portée de quatre lignes.

Maintenant, il faut nommer ces notes car Guido d’Arezzo a compris que la mémoire de la musique passe par les mots. Exemple : Si je vous demande de me chanter un intervalle de quatre tons, vous allez me dire "impossible". Si je vous demande de me chanter "Mon beau sapin", vous y arriverez. Mon beau sapin… Mon beau…mon beau… ça, c’est une quarte. C’est facile, finalement, non ? Pour avoir des "mots" à chanter, Guido d’Arezzo a l’idée d’utiliser un texte latin, l’hymne à St Jean-Baptiste. Écoutez : UT queant laxis, REsonare fibris, MIra gestorum, FAmuli tuorum, SOlve polluti, LAbii reatum, Sancte Iohannes. Vous avez vu le début de chaque vers ? Ut, RE, MI, FA, SOL, LA, et le SI rajouté quelques siècles plus tard. Voilà l’origine de la gamme utilisée dans les pays latins.

Plus tard, le UT sera remplacé par le DO qui se chante mieux. Chez Guido d’Arezzo, "mon beau sapin", s’appelle donc : "do fa fa fa". Ce système est avant tout pédagogique. Son principal intérêt est d’indiquer la position relative d’une note et non pas son hauteur absolue. Au Moyen Age, cette méthode, la solmisation, est employée partout en Europe. En France et dans les pays latins, les syllables de la solmisation s’imposent si bien qu’elles désignent aujourd’hui également la hauteur absolue des sons, ce qui n’était pas leur sens premier !

Mais en Allemagne, l’utilité de la solmisation est controversée. Et depuis le 18ième siècle, la tradition se perd presque complètement. C’est pour ça que les allemands, pour designer les notes, n’ont pas repris do re mi fa sol la si do. Ils préfèrent s’en tenir au système déjà connu par les romains et les grecs, les lettres de l’alphabet. Généralement, dans les conservatoires allemands, on ne chante pas comme en France do fa fa fa sol la la la mais juste la la la la, la la la, car les lettres de l’alphabet ne se chantent vraiment pas très bien. Essayez : c fff g aaa…

Bon, si les Français ne peuvent pas écrire Bach en notes de musique, ils peuvent quand même écrire une expression que l’on trouve parfois sur des maisons au bord de la mer où à la montagne. C’est "do mi si la do ré", qui donne domicile adoré, c’est très joli, très kitsch et chanté ça donne ceci…

Edité le : Fri Oct 10 09:07:24 CEST 2008
Dernière mise à jour le : Wed May 16 14:07:55 CEST 2012