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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 20 mai 2012 > l'objet : le cordon bleu

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Karambolage 268 - 20/05/12

l'objet : le cordon bleu

Hajo Kruse nous parle de son plat préféré quand il était enfant : le cordon bleu. Mais pourquoi le cordon bleu s’appelle-t-il "cordon bleu" ?

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Enfant, je me serais damné pour cette escalope de veau panée au jambon et au gruyère, qui, quand on la coupait, laissait s’échapper un filet de fromage fondu. Le nom français que portait ce mets lui conférait un supplément d’âme et de raffinement : "cordon bleu". Quel drôle de nom pour une escalope, vous ne trouvez pas ? Pourquoi le plat de mon enfance a-t-il été baptisé ainsi ? Voici le résultat de mes investigations.

En 1578, le roi Henri III fonde l’ordre des Chevaliers du Saint-Esprit, un ordre réservé à une élite. Ses membres devaient avoir au moins 35 ans, être de religion catholique et d’une noblesse remontant à quatre générations. L’insigne de l’ordre était une croix d’or à huit boutons, émaillée de blanc et dont les quatre pointes arboraient des fleurs de lys. Il se portait à un large ruban bleu ciel, un cordon bleu.

Cette distinction étant la plus noble et la plus illustre de toutes, la locution "cordon bleu" a fini par s’appliquer à tout ce qui était au-dessus du lot. Et comme les Chevaliers du Saint-Esprit avaient l’habitude d’organiser de sublimes festins, on vit apparaître l’expression "un repas de cordons bleus". Si le cordon bleu en tant que décoration a été aboli à la Révolution, l’appellation est restée, non plus pour désigner le gourmet mais une cuisinière hors pair. Et quand la journaliste française Marthe Distel fonde en 1895 le premier magazine culinaire, elle lui donne évidemment pour titre "La cuisine Cordon bleu". Et quel nom porte l’école parisienne créée dans son sillage ? "Le cordon bleu" ! Aujourd’hui, il existe 27 écoles de ce type à travers le monde, qui se présentent comme la crème de la crème en matière de cuisine.

Mais pourquoi mon escalope panée s’appelle-t-elle "cordon bleu" ? Ni une ni deux, je téléphone à la prestigieuse école de cuisine. Mon interlocuteur me répond que la question a été retournée dans tous les sens, qu’elle a donné lieu à toutes les recherches possibles et imaginables… Et alors ? Rien. Personne ne sait pourquoi mon cordon bleu, qui n’a pourtant vraiment rien d’un plat de gourmet, s’appelle "cordon bleu" ! Personne ? Enfin, pas tout à fait, les enfants le savent : pour eux, ce sera toujours le meilleur plat du monde !


Texte : Hajo Kruse
Image : Dimitri Stankowicz

Edité le : 16-05-12
Dernière mise à jour le : 29-05-12


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