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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Emission du 9 avril 2006 - 09/04/06

l'objet : le Kebab

Pierre-Olivier François a grandi à Berlin. Il lui est resté de cette enfance allemande la nostalgie d’un plat très, très, très allemand.


05_kebab.jpg.imageDataL’amour passe par l’estomac. Mais ce qu'aime par dessus tout l’Allemagne d’aujourd’hui, ce n'est ni la saucisse, ni la "rote Grütze", ni le gâteau forêt noire, c’est… le Döner Kebab. Regardez ce que mangent les étudiants sans le sou, les grands-mères, les policiers en patrouille, les hommes d’affaire pressés, l’ex-ministre de l’Intérieur Otto Schily en cachette et même des skin-heads affamés.

Été comme hiver, au petit-déjeuner ou à minuit, en format mini ou XL, les Allemands mangent des Döner Kebab, un bon petit snack d’environ 615 calories. Döner Kebab vient du mot turc "Döndurmek" - tourner, et "kebab" - la grillade. En voilà un. Et ça, c’est la grande broche tournante‚ dont on découpe de fines lamelles de viande grillée et moelleuse, auxquelles on ajoute ensuite des tomates, de la salade, des oignons, une sauce au yaourt et à l’ail, le tout fourré dans un pain levantin légèrement croustillant. "Guten Appetit".

Des Döner, il s’en vend deux millions par jour, cent fois plus que la bonne vieille "Currywurst", tout juste bonne à mettre au musée. Contrairement à la France, où le sandwich grec, à base de viande de porc, est arrivé avec les Grecs dans le quartier latin à Paris, le Döner allemand est turc, et il est fait d’agneau. Certains disent qu’il est né dans l’Empire Ottoman du XVIIIe siècle. D’autres, que c’est un cadeau des premiers immigrés arrivés en Allemagne, au début des années 60, congédiés lors de le récession au milieu des années 70, et reconvertis dans le snack-bar populaire. Peu importe. Aujourd’hui, il y a davantage de stands de Döner en Allemagne que de bistrots en France.

06_kebab.jpg.imageDataDepuis, le "Nationaldöner" s’est bien intégré. Fini l’agneau, trop fort pour le palais allemand. Les brochettes actuelles sont à base de viande hachée de veau et de dinde. Sans oublier le nouveau "Fish-Döner", à base de poisson et le très en vogue "öko-Döner", à base de courgettes farcies et de fromage de brebis. Le Döner, c’est la réponse turco-allemande à l’impérialisme de McDonald's. Et après la chute du mur, le Döner est devenu l’avant-garde exotique de la société multiculturelle dans une ex-RDA sans talent culinaire et sans immigrés.

Mais vous me direz, grec, turc, ou maghrébin, le Döner Kebab existe aussi en France ! Un Allemand pourra très bien se sentir chez lui, quand, tout heureux, il découvrira le petit drapeau d’un stand de Döner à Marseille ou à Toulouse ! Eh bien non. Car regardez bien, s’il demande un Döner, avec ses lamelles de viandes, son choux rouge et sa jolie sauce, notre ami allemand va assister, médusé, à un terrible sacrilège : le vendeur charge son délicieux Döner d’une montagne de... mais oui, de frites ! Ben oui, on est en France quand même !

Texte : Pierre-Olivier François
Image : Constanze Witt & Ramin Ramezani




l'objet : le Kebab est disponible sur le DVD 3

Edité le : 05-04-06
Dernière mise à jour le : 07-10-13


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