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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Émission du 27 février 2011 > l'expression : le choix cornélien

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Emission du 27 février 2011 - 27/02/11

l'expression : le choix cornélien

Les Français sont parfois placés devant un choix cornélien. Jeanette Konrad nous rappelle sens et origine de cette expression.

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Stéphane doit prendre une décision douloureuse : il est tombé  amoureux de la femme de son meilleur ami et celle-ci est prête à quitter son mari. Que faire ? Doit-il écouter son coeur ou au contraire renoncer à l’amour pour épargner son ami ? Dans un cas de conscience comme celui-ci, les Français parlent d' un choix cornélien.

Mais d’où vient cette expression ? Bien sûr, du grand poète dramatique français du XVIIe siècle : Pierre Corneille et plus précisément de sa tragédie la plus célèbre, Le Cid, qu’il a écrite en 1636.

Si tous les collégiens français étudient à l’école les terribles tourments de Rodrigue, ce n’est bien sûr pas le cas des élèves allemands. Rappelons-en donc l’intrigue :

Don Rodrigue, Le Cid, est confronté à un terrible dilemme : son vieux père a été offensé par Don Gomès. Rodrigue se doit de venger son père : il provoque donc Don Gomès en duel. Le hic, c’est que Don Gomes est aussi le père de sa bien-aimée et fiancée, la jeune Chimène. Si Rodrigue venge son père comme promis, il tuera en même temps le père de la femme qu’il aime et devra donc renoncer à cet amour.
Un vrai dilemme, car Rodrigue est partagé entre son sens du devoir et son amour pour Chimène : doit-il laver l’affront et venger le père ou peut-il, au contraire, au nom de son amour, épargner Don Gomès, le père de sa chère et tendre Chimène.

Le conflit intérieur qui agite le jeune Rodrigue est décrit avec précision dans ces célèbres vers de l'acte I :

Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l'étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Chimène ?

Pour Rodrigue, choisir rime avec souffrir – et c’est ce qui donne au héros son caractère tragique.  Aujourd'hui encore, on continue à parler de choix cornélien, dès qu’une personne se trouve dans une situation inextricable et que la bonne décision n’existe pas. C’est souvent accompagné d’une petite note d’ironie – car de nos jours, qui tue encore le père de sa bien-aimée pour sauver l'honneur de la famille ?

Evidemment - question d’époque - le héros de Corneille ne choisit pas l'amour mais le devoir, il tue le père de Chimène. Mais comme Corneille est gentil avec nous, il y a tout même un happy end car le destin donne à Rodrigue l'occasion de s'illustrer par des faits d'armes et de sauver son pays - si bien qu’il finit quand même par épouser sa Chimène. Tout est bien qui finit bien.


Texte : Jeanette Konrad
Image : Stéphanie Cazaentre



l'expression : le choix cornélien est disponible sur le DVD 10

Edité le : 23-02-11
Dernière mise à jour le : 16-05-12