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ARTE Journal - 20/02/13

L'Arménie a élu son président

Le président sortant arménien Serge Sarkissian a remporté l'élection présidentielle, avec plus de 58% des voix. L'opposition dénonce les fraudes massives et appelle à des manifestations. Cette élection était un scrutin-test pour la démocratie dans cette ex-république soviétique du Caucase : en 2008, la victoire de M. Sarkissian à la présidentielle avait déclenché des affrontements qui avaient 10 morts. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a estimé que le scrutin avait été marqué par des progrès, mais dénonce un manque de "concurrence".

A certain moment, Ani a encore le sentiment de vivre comme à l’ère soviétique. Pourtant son pays, l’Arménie, est indépendant depuis 1991. Mais même si le président Serge Sarkissian, a promis un scrutin sans tâche, nombreux sont les Arméniens qui n’y croient pas. Aucun candidat ne trouve grâce aux yeux d’Ani. Cette comptable vit avec sa fille dans un appartement d’Erevan avec un salaire de 150 euros par mois. Cela suffit juste pour vivre. Son mari, lui, travaille en Russie, comme beaucoup d’Arméniens qui ont quitté le pays ces dernières années. Du travail, il y en a dans la construction en Sibérie. Les Russes ont d’ailleurs mis en place un programme pour inciter les Arméniens à venir travailler chez eux. Mais cette incitation n’explique pas à elle seule que l’Arménie se vide de ses habitants. La crise financière a frappé de plein fouet ce pays du sud du Caucase, et le chômage touche environ 30% de la population, même si officiellement son taux ne dépasse pas les 6%. « En avant, vers l’Arménie riche ! » a lancé Serge Sarkissian lors d’un récent meeting. Le président sortant a promis à ses électeurs qu’ils verront de leurs « propres yeux » la prospérité, mais même si la croissance a renouée avec des chiffres positifs, le pays est loin d’être sorti du marasme.

Une campagne électorale sous tensions
Le 31 janvier dernier, en plein cœur de la capitale Erevan, le candidat de l’opposition Paruyr Hayrikian a été visé par des coups de feu. Blessé à l’épaule, il est toujours à l’hopital où il est protégé 24h sur 24. Pour cet ex-dissident soviétique de 63 ans, sa tentative d’assasinat est l’œuvre d’un complot des agents du KGB « J'étais en hausse dans les sondages. Et il est possible que les tchékistes qui m'ont poursuivi pendant des décennies se soient dit : s'il devient Président, l'Arménie se tournera vers l'Occident. C'est dangereux ». Il n’est pas le seul à penser que le président sortant se comporte comme un apparatchik. Un autre candidat, Andreas Goukassian, est en grève de la faim sous sa tente devant l’Académie des sciences depuis un mois « La grève de la faim, c'est le dernier recours pour forcer le régime politique à accepter nos revendications. Ce pouvoir doit démissionner ». Pas sûr que le président sortant entende ces revendications. Serge Sarkassian a le pays en main.

Un pays toujours en guerre
Comme de nombreux dirigeants des ex-républiques soviétiques, Serge Sarkassian a commencé sa carrière dans les Komsomols, les mouvements de jeunesse de l’URSS. Né à Stépanakert, la « capitale » du Nagorny Karabakh, il s’est engagé à la fin des années 80 dans la guerre de « libération ». Un parcours qui rappelle que l’Arménie est toujours en guerre avec l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut-Karabagh. La région est peuplée en majorité d’Arméniens et est située en Azerbaïdjan. Aucun traité de paix n’a été signé et les deux pays s’accusent mutuellement de briser régulièrement le cessez-le-feu. Il y a une dizaine de jours encore, deux soldats azerbaïdjanais ont été tués. Entre 1984 et 1994, la guerre - qui a opposé les deux pays - a fait pas moins de 20 000 morts. Encore récemment, le président Serge Sarkissian a déclaré être prêt à déclencher les hostilités s’il y était contraint. Son ascension politique puisse son origine dans cette région, il a gravit les échellons, jusqu’à occuper les différents postes-clés dans le gouvernement arménien.

Lors de son élection à la présidence en 2008, de violentes manifestations avaient eu lieu. Elles avaient fait 10 morts, et une centaine de blessés. Pour calmer la rue, le gouvernement arménien avait engagé un cycle de réformes visant à la modernisation de l’Etat, notamment en matière de lutte contre la corruption. Mais même si récemment certaines personnalités ont été inquiétées par la justice, le pays est toujours classé 129 sur 182 sur l’indice de la corruption par l’ONG Transparency International. D’ailleurs en mai dernier, les élections législatives ont été entachées de nombreuses fraudes. Des votes avaient été « acheté ». Une pratique qui semble bien s'être renouveler cette fois-ci.



Capitale : Erevan
Situation géographique : l’Arménie n’a pas d’accès maritime. C’est un pays d’une superficie de 29 740 km², situé entre l’Azerbaïjan à l’est, l’Iran au sud, la Turquie à l’ouest et la Géorgie au nord.
Langue officielle : arménien
Population : 3, 1 million
Monnaie : Dram
Salaire moyen : 235 euros (soit environ 120 000 dram)
Indice de développement humain : 84

Véronique Barondeau / ARTE Journal

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Edité le : 17-02-13
Dernière mise à jour le : 20-02-13