Lutz Klinkhammer : La situation économique est très critique. Le chômage chez les jeunes se situe aux environs de 33%. Les dettes publiques atteignent 126% du produit intérieur brut. Chaque mois, près de 1.000 petites entreprises mettent la clef sous la porte. La mort des entreprises est la conséquence d'une charge fiscale particulièrement élevée. Même en pleine récession, les entreprises sont dans l'obligation de payer leurs impôts en temps et en heure. De son côté, l'Etat met beaucoup de temps à débloquer les fonds. Pendant la campagne, on parlait d'un retard de paiement de la part de l'Etat à hauteur d'environ 70 milliards d'euros. Il faudra donc faire des économies sur les très hauts salaires et sur des mesures infrastructurelles inutiles. Le fossé entre les plus pauvres et les plus riches n'a plus le droit de se creuser d'avantage.
C'est avant tout une question de confianceARTE Journal : A quels problèmes l'Italie est-elle actuellement confrontée ? Que faut-il changer concrètement ?
Lutz Klinkhammer : Il y a beaucoup de problèmes, ce qui explique pourquoi les populistes ont actuellement le vent en poupe. Ils s'attaquent à des dysfonctionnements concrets qui se sont multipliés ces dix dernières années. A cela s'ajoute le fait que de nombreux Italiens ne croient pas la gauche capable d'initier un changement.
C'est avant tout une question de confiance. L'Italie a connu de nombreuses affaires de corruption qui n'ont épargné pratiquement aucune formation politique. Le parti de Silvio Berlusconi a été secoué par des scandales très violents. Des personnalités politiques et des hauts fonctionnaires ont empoché des sommes faramineuses, sous forme de salaires, de frais divers et de pensions de retraite. Ils ont vidé les caisses du parti pour leur propre compte. Tout cela a entamé la confiance des citoyens en leur classe politique.
Vu d'Allemagne, on a l'impression que la classe politique s'est copieusement servie. Certains hauts fonctionnaires touchent près de 50.000 euros de salaire mensuel. Ils ont même la possibilité de cumuler jusqu'à 94.000 euros de retraites diverses et variées par mois. En Italie, un sténographe au parlement peut gagner plus que la chancelière allemande. A ces avantages entérinés par la loi vient s'ajouter la corruption. A l'époque où l'économie était florissante, tout cela était toléré, mais en période de crise et de récession, le fossé se creuse et la population n'est plus disposée à financer ce système - d'autant que dans le même temps, les impôts augmentent considérablement. Du coup, le citoyen lambda ne voit pas trop pourquoi il serait le seul à respecter la loi.
ARTE Journal : Pier Luigi Bersani veut-il mettre fin au clientélisme ? En est-il réellement capable ?
Lutz Klinkhammer : Pour réconcilier les Italiens avec la politique, plutôt que de s'appuyer sur un programme, Bersani a préféré miser sur son propre charisme. Il s'agit là d'un homme politique particulièrement crédible. Mais quoiqu'il arrive, il ne pourra pas gouverner seul... S'il veut une majorité dans les deux chambres du Parlement, il va bien lui falloir trouver d'autres partenaires comme par exemple Fare et le mouvement Cinq étoiles. Seulement voilà, pendant la campagne, ces deux partis avaient promis de réprimer tout excès et de plafonner les salaires exorbitants de certains hauts fonctionnaires. Ils veulent également réduire les salaires des parlementaires et limiter la durée de leurs mandats. A part eux, tous les autres partis ont préféré éviter le sujet.






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