Taille du texte: + -
Accueil > Monde > ARTE Journal

ARTE Journal

Le journal de l'actualité européenne

> Elections législatives italiennes > Interview : "la confiance des Italiens est entamée"

ARTE Journal - 28/02/13

Interview : "la confiance des Italiens est entamée"

A la sortie des urnes ce lundi 25 février les résultats ont rapidement indiqué que la formation d'un gouvernement s'avérera difficile. Voire impossible, puisque aucune majorité claire ne se dessine et qu'il y a peu d'espoirs d'alliances. A la surprise générale, le centre droit de l'ancien chef de gouvernement, Silvio Berlusconi, devance la gauche au Sénat, mais sans possibilité de constituer une majorité. Toujours selon les dernières estimations, la coalition de gauche menée par Pier Luigi Bersani obtient la majorité à la chambre des députés, mais pas au Sénat donc, bien qu'elle y soit majoritaire en voix. De son côté, le chef du gouvernement sortant Mario Monti a perdu son pari de former une grande force politique au centre. Seul l'ex-comique Beppe Grillo tire son épingle du jeu. Même s'il n'est pas disposé à collaborer avec les autres groupes, il a obtenu de beaux scores dans chacune des deux chambres.

Quoiqu'il arrive, le vainqueur des législatives aura du pain sur la planche. Cette fois, il ne s'agit pas juste de faire face à une économie en piteux état. Le prochain gouvernement aura la lourde tâche de réconcilier les Italiens avec la politique. Analyse de la situation, avant l'annonce des résultats, avec Lutz Klinkhammer, historien spécialiste de l'Italie à l'Institut historique allemand de Rome.

Ellen Hofmann pour ARTE Journal : Quelles tâches attendent le prochain gouvernement ?
Lutz Klinkhammer : La situation économique est très critique. Le chômage chez les jeunes se situe aux environs de 33%. Les dettes publiques atteignent 126% du produit intérieur brut. Chaque mois, près de 1.000 petites entreprises mettent la clef sous la porte. La mort des entreprises est la conséquence d'une charge fiscale particulièrement élevée. Même en pleine récession, les entreprises sont dans l'obligation de payer leurs impôts en temps et en heure. De son côté, l'Etat met beaucoup de temps à débloquer les fonds. Pendant la campagne, on parlait d'un retard de paiement de la part de l'Etat à hauteur d'environ 70 milliards d'euros. Il faudra donc faire des économies sur les très hauts salaires et sur des mesures infrastructurelles inutiles. Le fossé entre les plus pauvres et les plus riches n'a plus le droit de se creuser d'avantage.

C'est avant tout une question de confiance
ARTE Journal : A quels problèmes l'Italie est-elle actuellement confrontée ? Que faut-il changer concrètement ?
Lutz Klinkhammer : Il y a beaucoup de problèmes, ce qui explique pourquoi les populistes ont actuellement le vent en poupe. Ils s'attaquent à des dysfonctionnements concrets qui se sont multipliés ces dix dernières années. A cela s'ajoute le fait que de nombreux Italiens ne croient pas la gauche capable d'initier un changement.
C'est avant tout une question de confiance. L'Italie a connu de nombreuses affaires de corruption qui n'ont épargné pratiquement aucune formation politique. Le parti de Silvio Berlusconi a été secoué par des scandales très violents. Des personnalités politiques et des hauts fonctionnaires ont empoché des sommes faramineuses, sous forme de salaires, de frais divers et de pensions de retraite. Ils ont vidé les caisses du parti pour leur propre compte. Tout cela a entamé la confiance des citoyens en leur classe politique.
Vu d'Allemagne, on a l'impression que la classe politique s'est copieusement servie. Certains hauts fonctionnaires touchent près de 50.000 euros de salaire mensuel. Ils ont même la possibilité de cumuler jusqu'à 94.000 euros de retraites diverses et variées par mois. En Italie, un sténographe au parlement peut gagner plus que la chancelière allemande. A ces avantages entérinés par la loi vient s'ajouter la corruption. A l'époque où l'économie était florissante, tout cela était toléré, mais en période de crise et de récession, le fossé se creuse et la population n'est plus disposée à financer ce système - d'autant que dans le même temps, les impôts augmentent considérablement. Du coup, le citoyen lambda ne voit pas trop pourquoi il serait le seul à respecter la loi.

ARTE Journal : Pier Luigi Bersani veut-il mettre fin au clientélisme ? En est-il réellement capable ?
Lutz Klinkhammer : Pour réconcilier les Italiens avec la politique, plutôt que de s'appuyer sur un programme, Bersani a préféré miser sur son propre charisme. Il s'agit là d'un homme politique particulièrement crédible. Mais quoiqu'il arrive, il ne pourra pas gouverner seul... S'il veut une majorité dans les deux chambres du Parlement, il va bien lui falloir trouver d'autres partenaires comme par exemple Fare et le mouvement Cinq étoiles. Seulement voilà, pendant la campagne, ces deux partis avaient promis de réprimer tout excès et de plafonner les salaires exorbitants de certains hauts fonctionnaires. Ils veulent également réduire les salaires des parlementaires et limiter la durée de leurs mandats. A part eux, tous les autres partis ont préféré éviter le sujet.

à consulter aussi




Edité le : 25-02-13
Dernière mise à jour le : 28-02-13