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ZOOM Europa 25.01.2008 - compléments d'enquête

SDF : La prévention situationnelle

Interview de Jean Marc Legagneux, par Charly Loufrani


Pour compléter ce Zoom Europe avec un éclairage différent, rencontre avec un ancien SDF. Il dénonce une politique qui se développe dans toute l’Europe : la « prévention situationnelle ». Depuis 4 ans, Jean Marc Legagneux lutte au sein du Collectif SDF de Toulouse contre cette politique « d’exclusion et de cache-misère ». Il nous montre comment, dans sa ville de Toulouse, le réaménagement urbain nuit aux sans abris sans offrir de solutions durables à la misère.

Qu’est ce que la prévention situationnelle ?

© Charly Loufrani
Les nouveaux bancs de la place occitane à Toulouse : un « mobilier urbain anti-squat » empêche les SDF de s’allonger ou même de s’attarder.
Jean Marc Legagneux: Cette politique, tout le monde l’a déjà vue en application, sans forcément avoir conscience de son but. Je vais vous donner un exemple typique : vous avez sûrement remarqué ces nouveaux bancs publics entravés par des barres de fer, ou ces abribus dont on a retiré les bancs, ou encore ces sièges individuels très espacés. Ils sont souvent inconfortables et il est
impossible de s’allonger. Leur but : éviter que ces bancs ne deviennent un point de rassemblement et, de fait, pas non plus un lit de fortune pour SDF. Dans la même veine, la fermeture des accès à des coins reculés comme les voûtes des ponts ou les quais de métro la nuit sont des instruments typiques de la prévention situationnelle.


A l’origine, il s’agissait de lutter contre la criminalité ?

La prévention situationnelle, avec son joli nom technocratique, c’est une politique d’aménagement de la ville qui nous vient des Etats-Unis, et qui est aujourd’hui appliquée dans beaucoup de grandes villes européennes. Le principe fondateur est qu’il existerait dans la ville des espaces propices aux actes criminels.

Il est donc possible de lutter contre la criminalité en repensant l’espace urbain. Cette politique cherche à rendre la ville inhospitalière pour les groupes potentiellement dangereux, violents ou criminels : gangs, dealers, voleurs. Elle crée un espace public transparent, sans recoin ni cachette, sans lieu à l’abri de la surveillance.


Comment en arrive-t-on au problème des SDF ?

© Charly Loufrani
Sous le pont de la Garonnette à Toulouse, certains avaient l’habitude de s’abriter sous ces arches. De gros plots en métal les en empêchent aujourd’hui.
Certes, tout n’est pas condamnable dans la prévention situationnelle. Elle peut réellement aider à faire respecter la loi. Notre problème, c’est qu’elle est aussi utilisée pour chasser les SDF qui, eux, ne sont pas des délinquants. L’argument sécuritaire, souvent avancé pour promouvoir la prévention situationnelle ne tient pas lorsqu’il s’agit de réaménager les centres-villes, et non les quartiers difficiles.
De plus, la prévention situationnelle est généralement pensée comme auxiliaire à l’outil policier. Il complète le dispositif qui vise à « sécuriser » la ville : en plus de rendre la ville inhospitalière, on force les « indésirables » à un déplacement continuel.

C’est le but de tous les arrêtés anti-mendicités, anti-bivouac, ou anti-camping. Ceux qui vivent dans la rue sont alors repoussés à la périphérie des villes. Mais toutes les villes n’ont pas recours au harcèlement policier pour aller cacher leur misère hors de leur centre ville. Par conséquent, certaines villes ont des politiques inhumaines d’expulsions systématiques des SDF tandis que d’autres tolèrent plus ou moins bien leur présence.


Quelles sont, selon vous, les villes françaises où la situation est difficile ?

© Charly Loufrani
Allée Jean Jaurès à Toulouse. D’après Jean-Marc Legagneux, faire déborder les fontaines et mouiller en permanence les rebords est un bon moyen d’empêcher le rassemblement de SDF au bord des bassins.

Je pense notamment à Argenteuil qui avait fait scandale en achetant du répulsif anti-SDF, ou à Bordeaux, Lyon et Montpellier qui ont pris des mesures anti-bivouacs et réaménagé leur centre ville.

Quoi qu’il en soit, la prévention situationnelle ne doit pas être l’unique réponse de la société aux problèmes de logement et de pauvreté. Dans ce cas-là, elle ne fait qu’empirer la situation des gens de la rue.


Pourquoi ces politiques progressent-elles ?

Ce sont les maires et les conseils municipaux qui appliquent les décisions. Mais ils le font sous la pression des lobbys locaux que sont les associations de commerçants ou les comités de quartier, lesquels demandent à la mairie de « nettoyer » les SDF de devant chez eux. C’est en fin de compte une politique pragmatique, visible et qui rencontre peu d’opposition, en comparaison aux politiques de lutte contre la misère. Il suffit de voir les difficultés que rencontrent les associations et les pouvoirs publics lors de l’installation de foyers ou de maisons d’accueil. Très souvent ces initiatives sont bloquées par les riverains qui craignent une dégradation de leur quartier.


Propos recueillis par Charly Loufrani.


Pour en savoir plus :

  • Liens utiles

>> Les principes de la prévention situationnelle à Lyon

>> La prévention situationnelle selon le sociologue Jean pierre Garnier du CNRS



  • Bibliographie

Urbanisme et sécurité, Les cahiers sécurité n°43
La documentation française.
ISBN 10: 3334700437
ISBN 13: 330-3334700439
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Le magazine européen d'ARTE, présenté par Bruno Duvic
tous les vendredis à 19h00
rediffusion le samedi à 12h00

Edité le : 25-01-08
Dernière mise à jour le : 19-12-08


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