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Allemagne - 07/12/06

Allemagne, pays de « l’immigration ressentie » ?

Loi sur l’immigration, test national pour vérifier que les candidats au passeport allemand veulent vraiment s'intégrer, outre-Rhin, le débat sur la politique d’immigration va bon train depuis des années. Le 14 juillet dernier, à l’initiative de  la chancelière Angela Merkel, associations culturelles et religieuses issues de l'immigration et représentants de la société civile et du monde du travail, se sont concertés sur la délicate question de l'intégration. Un  sommet  qui a d’ailleurs permis d’instaurer un dialogue ouvert et institutionnalisé.

À son arrivée en Allemagne en 1964, Armando Sa Rodrigues a reçu une motocyclette. Il était le millionième Gastarbeiter (travailleur invité) à avoir répondu à l’appel du gouvernement. Aujourd’hui, quelque 7,2 millions d’immigrés vivent outre-Rhin et pour la plupart, ils restent entre dix et quinze ans, parfois même plus de trente ans. Sur tous les pays d’Europe, l’Allemagne enregistre, en chiffres absolus, la plus forte immigration annuelle, suivie de l’Espagne et de l’Italie. Toutefois, depuis quelque temps, ces chiffres régressent, ce qui explique la formule alambiquée d’« immigration ressentie » du ministre de l’Intérieur Wolfgang Schäuble (CDU).

Les Allemands entretiennent une relation ambivalente à l’immigration. Si elle est nécessaire sur le plan démographique, elle l’est aussi pour le recrutement de personnes hautement qualifiées. Diverses initiatives ont d’ailleurs été lancées sur le plan politique, l’exemple le plus connu étant celui de la green card - reservée aux experts en technologie de l’information et de la communication. Sans grand succès, semble-t-il, car on constate au contraire une émigration des Allemands les plus diplômés. Et les obstacles inhérents à la loi sur l’immigration - votée en 2005 - découragent les travailleurs et les professions libérales au profil convoité. Cependant il y a aussi plusieurs paramètres qui attisent la peur dans la population. Les débats sur les sociétés parallèles, la barrière de la langue. Aussi, la situation désastreuse qui règne dans les établissements scolaires, à l’image de ce qui s’est produit dans le collège professionnel de Rütli de Berlin, où la violence était telle que des enseignants étaient allés jusqu’à lancer un appel au secours en demandant sa fermeture, en avril dernier. Située dans le quartier défavorisé de Neukölln, l’école dont plus de 80 % des élèves sont d'origine étrangère, est alors devenue le symbole de l'échec de l'intégration des jeunes issus de l'immigration. Autant de faits qui montrent que le thème de l’immigration est étroitement lié à celui de l’intégration.

La notion créée à l’origine par le politologue Bassam Tibi de Leitkultur, culture dominante, a défrayé la chronique en l’an 2000, en Allemagne. Devant la pression d’une partie de l’opinion qui exigeait que les immigrés s’adaptent davantage, une autre partie met en garde contre un amalgame entre intégration et assimilation, tendant à nier l’identité culturelle. En 2005, Norbert Lammert, le président du Bundestag, lance un appel pour combattre les préjugés, poussant à une réflexion sur la notion de « culture dominante européenne » dans le but de définir les valeurs communes. La discussion sur les particularismes nationaux s’est une nouvelle fois enflammée à propos du questionnaire réservé aux candidats à la naturalisation, au printemps 2006 : ce test devait permettre d’établir si les candidats à l’immigration s’identifiaient à l’Allemagne et s’ils la connaissaient suffisamment. Ce qui suppose au préalable une définition des valeurs jugées inaliénables. Ce que l’Allemagne peine à faire étant donné son histoire. 

En Allemagne, on affiche un optimisme prudent au sujet de la mise en place de la politique d’immigration commune, fixée par l’Union européenne (UE), en 1999. On ne souhaite pas tendre la main, mais on considère néanmoins que l’UE a des obligations en la matière. L’élargissement ayant remis le thème de l’immigration sur le devant de la scène allemande.
Yvonne Nasshoven

POUR ALLER PLUS LOIN

La vision du Goethe Institut. En anglais pour les non germanistes.

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Regards croisés n° 5,
Immigration : la porte étroite
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Edité le : 07-12-06
Dernière mise à jour le : 07-12-06


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