Voici une synthèse des premiers résultats; vous pouvez retrouver l'intégralité des informations sur le site de l'EBS.
- L’affirmation de priorités européennes, la persistance de contrastes nationaux
Existe-t-il une Europe des opinions ? L’idée, qui paraissait encore fragile au cours des années 1990, a semblé prendre corps face à l’intervention militaire américaine en Irak, et lors de l’intensité des débats concernant le bien-fondé du soutien des pays européens aux positions de George Bush. Par la suite, le développement d’une opinion publique européenne a paru s’affirmer lors des élections européennes de 2004, du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel, et face aux enjeux qu’ont constitué l’élargissement aux dix entrants de l’est puis éventuellement à la Turquie, et à l’afflux de migrants africains aux frontières espagnoles de Ceuta et Melilla.
Cette première vague du baromètre européen révèle la nette existence priorités européennes, tempérée par la persistance d’importants clivages nationaux.
- Des attentes communes : le social, l’emploi et la lutte contre le terrorisme
Les lignes de forces qui fédèrent les opinions des interviewés apparaissent nettement :
La première est une attente sociale face à la politique de l’UE : 64 % des personnes interrogées estiment que la politique mise en œuvre par l’Union européenne devrait être plus sociale, alors que 26 % seulement souhaite qu’elle soit plus libérale ; cette attente se prolonge par un désir partagé d’harmonisation fiscale sur l’ensemble des pays de l’Union européenne : 68 % des interviewés s’y déclarent favorables, et cette opinion est majoritaire dans l’ensemble des pays considérés.
En second lieu, et de manière plus générique, les priorités des Européens pour les mois qui viennent se concentrent sur la lutte contre le chômage (63%), et contre le terrorisme (43 %).Ces attentes majoritaires se doublent de l’émergence d’un leadership européen. Les personnalités les plus appréciées par les interviewés sont Angela Merkel (44 %), Jacques Chirac (40 %) et Gerhardt Schröder (40 %), lequel précède Tony Blair (37 %).
Enfin, ces préférences s’inscrivent sur le fond d’un attachement à l’Europe : 56 % des interviewés déclarent avoir une image positive de l’Europe, et cet attachement repose en priorité sur trois valeurs fondatrices que sont la culture (77 %), l’euro (64 %) et la paix (63 %).
- La persistance de contrastes nationaux
Cependant, ces liens fédérateurs ne sauraient masquer la persistance de forts contrastes nationaux. Et l’enseignement majeur de notre baromètre est qu’il existe en Europe deux clivages structurants :
Le premier clivage oppose la Grande-Bretagne aux quatre autres pays (Allemagne, France, Espagne, Italie).Ce clivage est d’abord économique et social : la Grande-Bretagne est le seul pays où l’exigence sociale ne recueille pas l’adhésion d’une majorité absolue d’interviewés.
Ce clivage est ensuite politique : en Grande-Bretagne, les responsables politiques européens recueillent des taux d’adhésion nettement moins élevés que dans les autres pays. Outre-Manche, Tony Blair recueille une popularité de 34 %, alors que les autres leaders sont crédités de taux de confiance inférieurs à 25 % (Angela Merkel, Gerhardt Schröder, Jacques Chirac).
Le second clivage oppose d’une part la Grande-Bretagne et l’Espagne, et d’autre part l’Allemagne et la FranceCe clivage est d’abord celui des vestiges des prises de position adoptées lors de la guerre en Irak. La Grande-Bretagne et l’Espagne, favorables à l’intervention militaire en Irak, et victimes d’attentats terroristes à Londres et Madrid, accordent une importance déterminante à la lutte contre le terrorisme ; en revanche, la France et l’Allemagne, opposées à l’intervention en Irak et qui n’ont pas été victimes d’attentats, sont davantage mobilisés par la lutte contre le chômage.
Ce clivage est ensuite, et de façon inattendue, celui d’attachements très différenciés à l’Europe. En Espagne et en Grande-Bretagne, l’image de l’Europe est massivement positive (respectivement 86 % d’opinions positives et 63 %), alors qu’elle est négative en Allemagne et en France (respectivement 51 % d’opinions négatives et 54 %). Cette ligne de fracture est d’autant plus inattendue qu’elle contrevient à l’idée d’un couple franco-allemand moteur de l’Europe. Cette frilosité franco-allemande apparaît, pour une part, comme la traduction du refroidissement des relations entre Bonn et Paris, notamment dans le sillage du rejet, par la France, du référendum sur le Traité constitutionnel. Des deux côtés du Rhin, le rêve européen a été terni par l’essoufflement du dynamisme des leaders des deux pays en la matière.
L’Europe en ce début d’année 2006 apparaît comme un lieu politique où se constitue une opinion européenne, en dépit des clivages qui structurent encore les perceptions des différents pays. Les prochaines vagues du baromètre permettront, au gré de l’actualité, de prendre la mesure de l’évolution de ces tendances.
François Miquet-Marty, Directeur des études politiques, Institut LH2





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