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Passeport Erasmus

Erasmus, le programme européen d’échanges universitaires a fêté ses vingt ans en 2007 : il a permis à 1,5 millions d’étudiants de partir à l’étranger dans le (...)

Passeport Erasmus

Introduction - 18/03/09

Erasmus, le bien nommé

Erasmus, le programme européen d’échanges universitaires a fêté ses vingt ans en 2007 : il a permis à 1,5 millions d’étudiants de partir à l’étranger dans le cadre de leurs études. Et il en a fait rêver des millions d’autres sans parler des copains et de leurs familles. C’est le seul programme financé par Bruxelles qui soit devenu, après la sortie du film L’Auberge espagnole en 2001, une sorte de mythe. Néanmoins, une certaine adaptation aux réalités européennes s’imposera au cours des prochaines années. L’augmentation du coût de la vie et l’insuffisance des aides fournies ont fait baisser pour la première fois depuis sa création le nombre d’étudiants participant à ce programme d’échanges. Ainsi, au cours de l’année universitaire 2007-2008, le nombre d’étudiants français bénéficiaires d'une bourse Erasmus était inférieur de presque 2% à celui de l’année précédente.

Le programme Erasmus concerne :

En France
- 21 561 étudiants étrangers en France;
- 22 556 étudiants français à l'étranger.

En Allemagne
- 22 427 étudiants étrangers en Allemagne.
- 17 273 étudiants allemands à l'étranger.

Dans toute l’Europe
-120 000 étudiants par an.
- 1,5 millions en vingt ans.


Les destinations phares
Les Français choisissent surtout l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Allemagne.
Les Allemands : l’Espagne, la France et le Royaume-Uni.

La reconnaissance académique de votre période d’études à l’étranger
Le temps passé et les études faites à l’étranger sont reconnus par votre établissement d’origine, grâce au système européen de transfert de crédits – European Credit Transfer System (ECTS) – mis en place à partir de 1988. C’est pourquoi, avant de partir, vous avez besoin de l’accord préalable des établissements concernés.
Le système ECTS a servi d’aiguillon et de référence à la réflexion menée par les responsables européens de l’enseignement supérieur, intitulée « processus de Bologne » qui vise à créer un espace universitaire européen commun à l’horizon 2010.
La réforme de l’enseignement supérieur français autour de trois diplômes licence-master-doctorat va dans ce sens.

Faits & chiffres

Malgré les succès du programme Erasmus, le centre de réflexion européen Bruegel tire la sonnette d’alarme. En 2006, les 25 États membres que comptait l’UE, avant l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie début 2007, ont dépensé 8700 euros par étudiant, alors que les États-Unis en dépensaient 36 500. Il faudrait que les Européens se décident à consacrer au moins 1 % de leur Produit intérieur brut (PIB) en plus par an pour combler ce décalage de moyens mis au service de l’enseignement supérieur et qu’ils se décident à accorder une plus grande autonomie aux universités tout en les encourageant à moderniser leur mode de gouvernance pour combler l'écart avec les USA et rester dans la course.

Et après ? Chercher un travail à l'étranger ?

Après une année Erasmus, cela en tente plus d'un. Mais, comme tout projet, cela se prépare. Vous trouverez des infos utiles sur le portail européen pour la mobilité de l'emploi (Eures). Selon une enquête de cafebabel.com intitulée « Cherche job hors de mes frontières », les jeunes appartenant aux pays du Sud sont moins tentés par l'expatriation que les autres. Et l'Allemagne et l'Autriche seraient peu enclines à accueillir des travailleurs étrangers. Les pays qui ont la législation la plus favorable sont l'Irlande, le Royaume-Uni et la Suède. Les jeunes Français savent frapper à la porte des deux premiers, notamment dans le secteur de l'hôtellerie et de la restauration.



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Érasme, dont le programme porte le nom latin, est bien l’ancêtre des étudiants Erasmus d’aujourd’hui, à quelques détails biographiques près, décalage historique oblige. Jugez-en à travers ce portrait express.

Érasme s’initie aux beaux-arts, à la littérature latine et à la peinture chez les Augustins de Steyn, près de Gouda, qui possèdent la meilleure bibliothèque classique de Hollande. En 1492, l’année où Christophe Colomb découvre l’Amérique, il est ordonné prêtre par l’évêque d’Utrecht. Mais, sous des prétextes habiles, il obtient de deux papes successifs, une dispense pour envoyer la soutane et le jeûne aux orties. À vingt-six ans, il réussit à s’enfuir du monde clos du couvent en qualité de secrétaire latin de l’évêque de Cambrai qu’il doit accompagner en Italie. À la dernière minute, l’évêque annule son départ. Ce qui permet à Érasme de prendre du bon temps en chemin, tout en s’adonnant à l’étude des classiques latins et religieux avec passion et en travaillant à son premier ouvrage – Antibarbari – qui traite de la lutte contre l’ignorance, l’arrogance et la folie humaine. Mais l’évêque de Cambrai renonce définitivement à son voyage. Il n’a donc plus besoin de secrétaire. Maintenant qu’il a goûté à la liberté, Érasme ne veut plus y renoncer. Il feint l’ambition de poursuivre ses études religieuses à Paris et obtient une bourse de son protecteur pour ce faire, bourse si maigre qu’Érasme qualifie son bienfaiteur d’« antimécène» !

Au collège Montaigu, sur la montagne Sainte-Geneviève, au quartier Latin, l’absence d’hygiène est détestable, la nourriture exécrable et les règles ascétiques imposées aux religieux l’isolent de ses camarades laïcs qui mènent une vie joyeuse. En plus, il trouve l’enseignement de la scolastique insipide. Il tombe malade. Après une brève convalescence, il renonce à devenir docteur en théologie et décide de ne pas retourner au « collège vinaigre » et à donner des leçons à de jeunes étudiants fortunés – anglais et allemands – pour subvenir à ses besoins. Déjà perce l’intellectuel indépendant sous le prêtre.
Des années durant, il préfère se contenter de dons, voire d’aumônes, plutôt que de dépendre des puissants. Cela ne l’empêche pas de parcourir la Hollande, l’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne et la Suisse. À trente ans, en Angleterre, il se sent enfin dans son élément. Il tourne définitivement le dos à la discipline moyenâgeuse à laquelle il a été soumis dans sa prime jeunesse, il apprend à monter à cheval, à chasser, à se vêtir avec élégance et devient l’ami de personnages de premier plan comme le juriste Thomas More et même le jeune roi Henri VIII. Cependant, après la découverte salutaire de l’Angleterre, il ne s’y fixe pas.

Érasme est bien, comme le souligne Stefan Zweig en 1935 dans le portrait qu'il lui consacre, le premier Européen et le premier cosmopolite conscient. Toute sa vie, il combat le fanatisme, sous toutes ses formes, religieux, national, philosophique. Il refuse de reconnaître la prépondérance d’une nation sur une autre et préfère s’adresser aux élites de chacune d’elles en latin, dont il fait la langue commune de l’Europe cultivée, la seule qui vaille à ses yeux. Cet humaniste idéaliste croit dans le pouvoir de la culture pour consolider la paix et la civilisation face à la guerre et à la barbarie. Au plus fort de sa controverse avec Luther, l’adversaire qui lui ravit la première place dans le cœur de ses contemporains, il campe sur ses positions et ne cède rien.

Claire A. Poinsignon


Source :
Érasme
Stefan Zweig
Réédition
Les Cahiers rouges
Grasset, 2003, Paris

Edité le : 05-04-07
Dernière mise à jour le : 18-03-09