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L'origine du christianisme

La série magistrale de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat. 12 épisodes pour découvrir l'analyse de six versets de l’évangile selon Jean, le récit de la passion (...)

L'origine du christianisme

Interview Mordillat Prieur

Interview : Gérard Mordillat et Jérôme Prieur


S'appuyant sur les témoignages des meilleurs spécialistes internationaux, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur ont entrepris de raconter la naissance du christianisme. "Un récit conçu comme on écrit un livre", expliquent les réalisateurs.


Vous aviez imaginé une suite à Corpus christi ?
Martin Hengel, l’un des plus grands historiens du christianisme primitif, nous avait écrit de Tübingen après Corpus christi : «Vous avez réalisé un travail remarquable, mais il serait temps maintenant de passer aux choses sérieuses : à Paul». Nous avons d’abord pris cette remarque pour une boutade, puis Victor Rocaries s’en est mêlé en nous demandant d’envisager une suite.

Et alors ?
Nous voulions tourner la page. L’un et l’autre nous avions d’autres projets. Et puis, peu à peu, nous avons compris que ce qui continuait de nous passionner plus que tout, c’était le Nouveau Testament. Mais de le lire comme un livre, comme un grand morceau de littérature, comme un document d’histoire, dans une perspective littéraire, historique, résolument laïque.

Quelle différence y a-t-il entre Corpus christi et L’Origine du christianisme ?
Corpus christi explorait, à travers l’analyse de six versets de l’évangile selon Jean, le récit de la passion et la transformation du Jésus de l’histoire en figure théologique, en Jésus-Christ. Dans L’Origine du christianisme nous explorons aussi précisément que possible ce qui se passe aux lendemains de la mort de Jésus, jusque vers l’an 150.

Pourquoi ces deux dates ?
Quand Jésus meurt crucifié par les Romains, son histoire n’a aucun sens en dehors du judaïsme. Jésus est juif, sa famille est juive, ses disciples sont juifs. Leurs espoirs sont tournés uniquement vers le salut d’Israël. A peine plus d’un siècle plus tard, les disciples des disciples, ceux qu’on appelle les chrétiens, ne sont plus juifs. L’Origine du christianisme montre la naissance d’une religion.

Dans Corpus christi, le personnage principal était Jésus. Qui sont maintenant vos héros ?
Il y a Pierre bien sûr, qui n’a peut-être pas été le chef du mouvement comme on le croit souvent, il y a Jacques « le frère du Seigneur », il y a Paul qui est à la fois l’auteur des épîtres, le premier écrivain « chrétien » avant les évangélistes, et le personnage principal du livre des Actes des Apôtres. C’est en tout cas une personnalité fondamentale qui divise les premiers théologiens comme les chercheurs actuels.

Comment avez-vous choisi les participants ?
Pour une part, il y a des chercheurs avec qui nous avions déjà travaillé dans Corpus christi, comme Pierre Geoltrain, Daniel Schwartz, Daniel Marguerat ou Jean-Pierre Lémonon et d’autre part, comme nous le faisons toujours, en allant rencontrer les exégètes un peu partout dans le monde : en Israël, en Allemagne, en Suisse, aux Etats-Unis, en France.

Sur quels critères ?
Nous n’avons pas de quotas. Nous ne nous disons pas qu’il faut tant de catholiques, tant de protestants, tant de juifs, tant d’agnostiques. Seule compte la compétence scientifique et la personnalité du chercheur. Cette fois-ci, par exemple, il y a deux femmes alors qu’il n’y en avait aucune dans Corpus christi.

Elles sont là parce qu’elles sont de remarquables historiennes et non parce que ce sont des femmes !

Comment se passe le tournage ?
Si nous allons rencontrer les chercheurs sur leurs lieux d’étude, tout le tournage s’est passé à Paris en studio. Nous inventons ainsi un lieu où ils peuvent tous se rencontrer sans jamais être en présence les uns des autres. Ensuite, ce dispositif permet de travailler dans des conditions idéales de concentration et de développer cet « art du portrait » qui est essentiel pour nous.

Peut-on parler de « mise en scène » ?
Une série comme L’Origine du christianisme repose sur une très longue préparation en collaboration avec les chercheurs, la mise au point d’un questionnaire individuel « sur mesure ». Les réponses s’inscrivent dans une hypothèse générale de montage de l’ensemble des épisodes. Il ne s’agit en aucun cas "d’interviews" de type journalistique, mais de concevoir un récit comme on écrit un livre.

L’Origine du christianisme, n’est-ce pas l’origine de la séparation entre judaïsme et christianisme ?
Jusqu’à la moitié du second siècle, le « christianisme « (même si le mot est encore largement anachronique) est une forme de judaïsme. Un pas décisif sera fait vers 150, quand les chrétiens revendiquent d’être le « véritable Israël ». A ce moment là, on peut dire que le divorce est prononcé même si, dans les faits, il faudra attendre le Vème siècle (au moins !) pour qu’il soit effectif.

Quelles vont être les conséquences de ce divorce ?
Au regard de l’histoire de l’Occident : terribles. A partir du moment où le christianisme devient la religion officielle de l’empire, on passe d’un débat entre juifs (les premiers temps du christianisme) à un débat contre les juifs puis à la désignation des juifs – en tant que tels – comme la figure éternelle du Mal avec les conséquences que l’on connaît. De l’anti-judaïsme, on passe à l’antisémitisme. C’est le contexte historique dans lequel cette histoire est née que nous voulons explorer aujourd’hui.

Gérard Mordillat et Jérôme Prieur pour ARTE Magazine.

Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 01-04-05


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