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Interview

La sexualité des personnes âgées

Rainer Hornung est professeur de psychologie sociale et sanitaire à l’Institut de psychologie de l’Université de Zurich. Ses principaux axes de travail ont trait au comportement en matière de santé, à la promotion de la santé et à la recherche sur les études d’évaluation. Il a participé à l’étude interdisciplinaire conduite sur les « déterminants de l’activité et de la satisfaction sexuelles dans la seconde moitié de l’existence ».


ARTE : Quelles sont à votre avis les raisons pour lesquelles les connaissances actuelles sur le ressenti et le comportement sexuels des personnes d’âge mûr et avancé sont d’un niveau plutôt médiocre par rapport à d’autres domaines de recherche en sexologie ?

Pr Rainer Hornung: Cela est vraisemblablement lié au fait que la sexualité de personnes d’âge mûr et avancé, après avoir connu une longue phase de tabouisation, n’est que très récemment devenue un sujet de société, et de ce fait un objet de recherche. Des thématiques telles que le changement de normes et de comportements sexuels ont été généralement explorées dans les populations jeunes. Par ailleurs, la recherche sexologique est dominée par des problématiques d’ordre clinique (exemples : absence de libido, troubles sexuels, violence sexuelle).

Dans le cadre du Pôle interdisciplinaire de coordination et de recherche pour les sciences sexuelles de l’Université de Zurich, vous avez mené il y a quelques années une étude sur « le vécu et le comportement sexuels dans la seconde moitié de l’existence ». En quoi une approche interdisciplinaire de cette problématique est-elle importante ?

La sexualité humaine se situe au carrefour de diverses disciplines. Pour l’appréhender sous tous ses aspects, il convient en particulier d’en considérer les fondements biologiques, mais aussi des facteurs liés à la personnalité, des éléments en rapport avec le relationnel ou le couple, ainsi que des normes et des valeurs sociales.

Sur quels critères les participants à l’étude ont-ils été sélectionnés ?
Cette étude interdisciplinaire avait pour objectif d’étudier l’intérêt pour la sexualité, l’activité sexuelle et l’épanouissement sexuel de sujets dans la seconde moitié de leur existence. Les participants à cette étude, 857 femmes et 641 hommes, venaient de Suisse alémanique et étaient âgés de 45 à 91 ans. Ils ont été sélectionnés au cours de plusieurs étapes d’une procédure complexe basée sur le principe aléatoire et garantissant l’anonymat des indications données par écrit.

Quels enseignements nouveaux cette étude vous a-t-elle apportés ?
Pour une large part, les conclusions viennent étayer certains faits déjà établis. Mais chose plutôt surprenante, rien n’est venu confirmer la tendance proclamée d’une sexualité du troisième âge qui dériverait « de la génitalité vers la tendresse ». Toutes les variations des comportements sexuels tendent à décliner au fil des ans. Le besoin de tendresse, déjà fortement marqué dans la phase intermédiaire de la vie, reste affirmé jusqu’à un âge très avancé. Il ne se substitue donc pas à la sexualité génitale, il est élevé dans les plus jeunes années et se maintient jusqu’à un âge tardif. Malgré l’érosion de l’intérêt pour la sexualité et l’activité sexuelle, notamment à un âge avancé, l’épanouissement sexuel reste constant et transcende toutes les catégories d’âge.

Dans quelle mesure la sexualité se transforme-t-elle avec l’âge ?
L’activité sexuelle régresse avec le temps, plus particulièrement après la cinquième décennie de la vie. Toutefois, rares sont les sujets chez lesquels l’intérêt pour la tendresse et la sexualité a totalement disparu. Les résultats de notre enquête ne confirment pas l’image de personnes désexualisées par l’âge.

La diminution de l’activité sexuelle est plus marquée chez les femmes que chez les hommes. À ce propos, le déterminant le plus important s’est avéré être la qualité de partenaire : les sujets ayant un partenaire attitré sont sexuellement plus actifs. Cette interdépendance explique d’ailleurs que l’activité sexuelle des femmes recule plus nettement : cela tient à la mortalité plus précoce des hommes et par conséquent à la pénurie de partenaires sexuels à un âge avancé. Par ailleurs, le fait que l’activité sexuelle du troisième âge soit diversement acceptée et tolérée par la société suivant qu’elle est pratiquée par un homme ou par une femme joue assurément un certain rôle.

L’attrait exercé par la sexualité dans la seconde moitié de la vie dépend pour l’essentiel de l’importance de la sexualité dans les jeunes années. Les sujets pour lesquels la sexualité jouait un rôle important dans leur jeunesse manifestent envers la sexualité un intérêt plus soutenu que les personnes qui, jeunes, ne lui accordaient qu’une importance mineure. Cela traduit l’imprégnation biographique de la sexualité, à travers laquelle se manifestent une histoire personnelle faite de besoins et de relations ainsi que le vécu de la condition sexuelle de chacun, femme ou homme.

Quelles sont les transformations physiologiques ayant un impact sur la sexualité féminine et masculine du troisième âge ?
Plus fréquents dans la seconde moitié de la vie, les troubles qui apparaissent chez l’homme sont liés à une dysfonction érectile, ce que d’ailleurs confirment les conclusions de notre étude. Sans doute les troubles fonctionnels de la sexualité affectent-ils davantage les hommes que les femmes du fait de leur visibilité plus manifeste, ce qui risque de conduire à une perte de confiance en soi sur le plan sexuel. Dans des cas extrêmes, l’homme redoutant une défaillance adoptera une stratégie d’évitement total malgré l’attrait persistant du sexe.

Chez la femme, l’évolution est pour une large part due à une diminution du taux d’œstrogène sérique pendant la ménopause. Cette baisse œstrogénique conduit à une atrophie des ovaires, de l’utérus et du vagin, lesquels se rétractent et perdent de leur élasticité. En conséquence, les muqueuses vaginales s’assèchent, les femmes âgées pouvant alors ressentir des douleurs pendant l’acte sexuel, ce qui n’est pas chose rare.

La sexualité de la femme ménopausée varie dans une mesure non négligeable selon que la société associe ou non la fin de la fertilité à la fin de sa sexualité. Si, par exemple, la fin de la fertilité s’accompagne d’une valorisation du statut de la femme et de nouvelles libertés, comme cela est d’usage dans nombre de sociétés islamiques et africaines, la ménopause sera vécue avec moins de symptômes physiologiques et psychologiques.

Depuis quelque temps déjà, il existe des médicaments permettant de traiter les dysfonctions érectiles chez l’homme. Toutefois, cette option est vivement débattue, en particulier parce qu’elle induit une médicalisation de la sexualité. En tout état de cause, il faut retenir que des aspects émotionnels et psychologiques, l’appétence sexuelle par exemple, constituent d’importants préalables à l’efficacité des traitements des troubles de la puissance sexuelle.

Quels sont les bienfaits de la sexualité à un âge avancé ?
Chez une femme associant étroitement sexualité et procréation, la perte de sa capacité à porter un enfant et à donner la vie risque de la déstabiliser dans sa vie sexuelle. Mais la ménopause peut aussi être vécue comme une libération dès lors que disparaît la crainte d’une grossesse non désirée. La sexualité et la tendresse peuvent contribuer, jusqu’à un âge avancé, à satisfaire les besoins de contact physique, de complicité et d’intimité. De plus, la sexualité peut être une précieuse source de bien-être physique et psychique.

Propos recueillis par Elisabeth Stirnemann et Tatjana Marwinski.
ARTE 2006

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Vieillir et jouir sans rougir
Mardi, 28 novembre 2006 à partir de 20h40
THEMA ZDF (121mn)
Rediffusion : 29.11.2006 à 15h10

Edité le : 24-11-06
Dernière mise à jour le : 24-11-06