Il fut le premier acteur noir à tenir le premier rôle, le premier aussi à recevoir un Oscar, en 1963. Sa dignité tranquille a permis aux Noirs de se rêver égaux quand les lois de l’Amérique le leur interdisaient. En un film emblématique (Devine qui vient dîner ?) et un portrait vibrant, “Thema” lui rend hommage.
A 20h40
Devine qui vient dîner ?Film de Stanley KramerARTE France, États-Unis, 1967, 1h48mnMultidiffusion le 1er juillet à 14h55Le gendre idéal peut-il être noir ? Ou comment un trio de monstres sacrés (Sidney Poitier face à Katharine Hepburn et Spencer Tracy) parvint à faire applaudir le mariage mixte par toute l’Amérique blanche. Un sujet toujours brûlant, quarante ans plus tard. (Guess who’s coming to dinner ?)
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| © 1967, renewed 1995 Columbia Pictures Industries |
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John Prentice et Joana Drayton débarquent à San Francisco de l’avion de Hawaii, main dans la main. Ils viennent de se rencontrer, ils s’aiment et veulent se marier. Joana a décidé d’amener son fiancé surprise à ses parents, un couple d’intellectuels progressistes dont elle est très proche. Brillantissime médecin de renommée internationale, John redoute leur réaction : le gendre idéal peut-il être noir ?
Comédie amèreAlors que la Columbia avait freiné des quatre fers pour tourner un scénario dangereusement sulfureux selon les critères hollywoodiens, cette “comédie de salon” fut un énorme succès. Au sein du public blanc, tout au moins, car les partisans du Black Power accusèrent Sidney Poitier d’avoir cautionné une image de Noir “acceptable”, voire d’oncle Tom, notant avec rage que son personnage devait afficher une liste de diplômes longue comme le bras pour pouvoir convoler avec une jeune fille de bonne famille. Quarante ans après, ce déséquilibre semble plutôt relever d’un sexisme désuet (les femmes ont-elles besoin de travailler ?), tandis que le thème de la séparation entre les races reste, lui, d’une cruelle actualité. Même si le contexte a radicalement changé : des lois proscrivaient encore les mariages interraciaux dans certains États, qui ne furent abolies par la Cour suprême qu’au moment de la sortie du film. Tout en retenue, Sidney Poitier tient tête à l’un des plus beaux couples de l’histoire du cinéma, dont ce fut la dernière apparition à l’écran : gravement malade,
Spencer Tracy mourut dix-sept jours après la fin du tournage.
A 22h35
Sidney Poitier, un outsider à HollywoodDocumentaire de Catherine Arnaud ARTE France, France, 2008, 1h05mnDe 1950 à 1980, il a donné chair et âme aux combats de l’Amérique noire. En archives et en témoignages, d’Angela Davis à Danny Glover, portrait d’un grand acteur et de son temps.
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Âgé aujourd’hui de 81 ans, Sidney Poitier est un selfmade man comme l’Amérique les aime. Quand il débarque à New York en 1944, venu des Bahamas, il sait à peine lire. Mais il a l’avantage d’avoir grandi dans un pays où les Noirs sont majoritaires. Ce sentiment d’être “très sûr de ce qu’il est” lui confère une dignité sereine, dans la vie comme à l’écran, et une indéniable aura. D’abord jeune premier dans un théâtre noir de Harlem (en concurrence avec Harry Belafonte), il tient bientôt à Hollywood des rôles de plus en plus importants. Il sera l’un des premiers acteurs noirs à jouer les jeunes premiers, le premier aussi à recevoir, en 1963, la récompense suprême de l’Oscar. Avant lui, le “problème noir” n’existe tout simplement pas dans l’industrie du rêve américain, même si un acteur comme Paul Robeson a puissamment contribué à populariser la lutte pour les droits civiques. N’hésitant pas à faire modifier les scénarios qu’il juge trop mous ou trop timides, Sidney Poitier, en accédant au statut de star, offre à toute une génération l’image et l’espoir d’une égalité encore proscrite par la loi. Jamais dupe de son rôle de “caution” dans un système qu’il combat discrètement, aux côtés notamment de Martin Luther King, il revendique avec une égale fermeté d’être jugé sur autre chose que sa couleur. A-t-il donné à l’Amérique blanche, comme le Black Power l’en accusera, la seule image de Noir qu’elle puisse accepter, celle, lisse et soumise, d’un “assimilé” ? Refusant toujours d’adopter des armes et des mots qui ne sont pas les siens, il évite de répondre directement à ces attaques. Avec le recul du temps, il incarne surtout une conscience sûre d’elle même, doublée d’une vraie passion pour le métier d’acteur, puis de réalisateur. Mêlant le destin exceptionnel
de Sidney Poitier à celui de la communauté afro-américaine, ce portrait très riche offre un voyage à travers trois décennies de films et de combats politiques, en s’appuyant sur les témoignages de Danny Glover ou des anciennes Black Panthers Kathleen Cleaver et Angela Davis, sans oublier les extraits d’entretiens accordés jadis par l’acteur.