
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, chaque année, trois millions de filles subiraient une mutilation de l’appareil génital. On distingue trois méthodes d’excision.
- La clitoridectomie : l’ablation partielle ou totale du clitoris.
- L’excision : l’ablation du clitoris et des petites lèvres.
- L’infibulation : les grandes lèvres sont elles aussi retirées, la vulve est suturée avec du fil à coudre ou avec des épines d’acacia jusqu’à ce que la cicatrisation ait lieu, recouvrant le vagin et l’urètre. Pour permettre l’évacuation de l’urine, des saignements menstruels et des sécrétions vaginales, un petite tige de roseau est introduite lors de la suture : elle laissera un minuscule orifice après la cicatrisation.

On ne peut cependant pas savoir si cette Fatwa sera vraiment transposée dans les zones rurales, ni quand. En effet, les structures traditionnelles sont très rigides. Dans de nombreux pays, la pratique de l’excision n’est pas liée directement à la pratique religieuse. Dans des conditions économiques difficiles, les habitudes sociétales profondément ancrées telles que la distribution des rôles entres les genres, les structures sociales et les modes de pensée pérennisent cette tradition, qui est bien souvent défendue par les femmes elles-mêmes. Etre excisées est primordial pour elles, l’exécution de cette pratique est à la fois un hommage à la tradition et une reconnaissance de leur identité culturelle. Dans de nombreuses cultures, épargner la souffrance de ce rituel aux enfants reviendrait à leur mentir sur leur avenir. En effet, une femme non excisée sera bien vite considérée comme une marginale. Il ne s’agit pas seulement de garder sa virginité jusqu’au mariage. Des considérations esthétiques entrent également en ligne de compte. On considère que les femmes excisées sont plus belles, plus "propres". En Afrique, les opposantes se voient reprocher leur côté occidental, elles sont stigmatisées et vues comme des traitres.
Face à des traditions si profondes, les occidentaux doivent être très prudents et réfléchis lorsqu’ils proposent leur aide, pour éviter que ces actions n’aient un effet pervers. En effet, si leurs interventions, même bien intentionnées, sont interprétées comme une ingérence postcoloniale, les fondamentalistes pourraient, en réaction, réinstaurer l’excision comme tradition ancestrale de l’islam. Le concept de "mutilation génitale", avancé par l’OMS, est d’ailleurs considéré comme dévalorisant et blessant par bon nombre de femmes concernées. Pour elles, cette vision occidentale n’est pas une simple main tendue, c’est une forme de voyeurisme exotique et agressif. Elles refusent le reproche de barbarie et de rigidité qui leur est adressé.
Même si les occidentales ne peuvent comprendre ni accepter ce sacrifice atroce, si l’on veut que l’aide soit efficace, il faut dialoguer sur un pied d’égalité. De nombreuses organisations de défense des droits de l’homme ainsi que la plupart des opposants et opposantes africains plaident en faveur d’initiatives locales, fondées sur une solide connaissance du contexte socioculturel, qui seront ainsi plus efficaces sur le long terme. En 1940, déjà, des femmes travaillant dans le système de santé au Soudan et en Egypte avaient mis en évidence le caractère inutile et les dangers sanitaires de l’infibulation traditionnelle, et de nombreux gouvernements africains avaient ainsi rédigé des lois anti-excision. Dans ces pays où la circoncision féminine faisait partie du rite initiatique, des rituels de remplacement avaient pu être mis en place avec succès, au cas par cas.
Certains ethnologues préconisent de proposer une forme "adoucie" de l’excision qui serait pratiquée en milieu hospitalier, ou encore d’enseigner aux exciseuses des méthodes moins cruelles et de mettre à leur disposition des outils stériles. Autant de propositions que l’OMS refuse de façon catégorique.
Malgré toutes les lois qui existent aujourd’hui dans ce domaine et en dépit de toutes les campagnes médiatiques à grande échelle contre la mutilation des femmes, l’instrument le plus important à long terme dans la lutte contre l’excision reste l’information et la sensibilisation. Si cette tradition dangereuse a la dent si dure, c’est avant tout à cause de l’ignorance et du manque de discernement. Les femmes sont très impliquées dans les rites initiatiques et les sociétés secrètes et la force de ce tabou, qui reste bien souvent intact, les empêche de parler ouvertement de la "chose". Briser ce mur du silence, c’est aussi le pari de l’organisation de défense des droits des femmes « Terre des femmes ». Active dans de nombreux pays africains, elle propose aux femmes et aux anciennes exciseuses des formations de conseillères sanitaires. En relayant ces informations sur les conséquences de l’excision sur la santé des femmes, ces femmes obtiennent, même dans les petites associations de villages, de bien meilleurs résultats que des lois méconnues.







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