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Arte Journal - 01/02/13

Grève des fonctionnaires : coup de semonce pour Hollande

La tendance est à l'impatience dans les rangs des fonctionnaires. Ils veulent du changement... et maintenant pour paraphraser le slogan du candidat Hollande. A priori bienveillants à l'égard d'un président de gauche qu'ils estiment avoir largement contribué à faire élire, les fonctionnaires ne voient toujours rien venir. D'où un changement de stratégie. Place à l'action avec cette première grande journée de mobilisation depuis la dernière présidentielle. Plus d'une centaine de manifestations sont programmées sur l'ensemble du territoire à l'image de celle de Strasbourg.


Le mot d'ordre de la journée d'action est simple : pouvoir d'achat. Un sujet qui concerne tous les Français souligne-t-on du côté des syndicats et une préoccupation qui n'épargne pas les 5,2 millions de fonctionnaires. "On nous dit que les caisses sont vides mais on a trouvé 20 milliards à donner au patronat sous forme d’aides" s'étonne Bertrand Blindauer secrétaire général de la CGT à la communauté urbaine de la ville. Comme lui environ 300 fonctionnaires se sont réunis à Strasbourg. Leurs principales revendications sont simples, elles reviennent en définitive à solder la période Sarkozy, et les mesures validées par le gouvernement Fillon.

Fonctionnaires et précaires

La CGT, FSU et Solidaires, les trois syndicats à l'origine de cette journée d'action, réclament par exemple une revalorisation du point d'indice qui sert de base au calcul des salaires. Celui-ci est gelé depuis 2010 empêchant toute revalorisation globale. "Cela nous a fait perdre 8 à 9 % de pouvoir d'achat depuis" regrette Bertrand Blindauer. La conséquence pour les syndicats, c'est une paupérisation des fonctionnaires : près d'un million d'entre eux toucheraient le SMIC ou à peine plus. "Et encore, précise Dominique Boudet, secrétaire général chez Sud-CT-CUS, beaucoup d'employés de la fonction publique ont bénéficié de rattrapages exceptionnels pour pouvoir atteindre le SMIC, sans que les échelons supérieurs soient concernés ce qui provoque un tassement des salaires".



Salaire et emploi

Les syndicats réclament également l'abrogation de la journée de carence instaurée par le gouvernement Fillon qui leur fait perdre systématiquement le premier jour de chaque période de maladie. Une mesure injuste et inefficace selon les syndicats qui estiment qu'elle aurait rapporté moins de 100 millions d'euros. Les fonctionnaires entendent aussi faire part de leurs revendications sur l'emploi. Pour eux les créations de postes dans les ministères "prioritaires" (Justice, Police, Education) ne sont pas perçues comme autant de bonnes nouvelles dans la mesure où elles devraient se traduire par de nouvelles suppressions de postes ailleurs. L'hémorragie entamée sous le précédent gouvernement doit s'arrêter pour les syndicalistes comme Dominique Boudet qui dénonce "70 suppressions de poste par non remplacement à la Communauté urbaine de Strasbourg rien que pour 2012. Certains personnels à la santé fragile sont même poussés à se mettre en invalidité pour faire baisser les effectifs".

Mesures compensatoires

Voilà qui ressemble fort à un baptême du feu social pour la ministre de la Fonction Publique Marylise Lebranchu qui reconnait volontiers que la "situation difficile" pour les fonctionnaires mais coupe court à toute velléités de revalorisations salariales pour cause de "contraintes budgétaires". En clair, le cœur de la ministre est à gauche mais le portefeuille est vide. Du coup Mme Lebranchu doit se contenter de mesures positives certes, mais "low cost" comme l'amélioration des conditions de travail, l'égalité homme-femme ou la formation. Pas sûr que les salariés de la fonction publique eux s'en satisferont. Tout cela ne nourrit pas son homme et la ministre le sait bien. Elle a donc également proposé un "nouveau système de primes" en remplacement de la PFR, une prime au mérite lancée sous le gouvernement Fillon. Insuffisant pour Bertrand Blindauer d'autant que "les retraites ne tiennent compte que du seul salaire de base".

Rendez-vous dans 10 jours

Syndicat et gouvernement doivent se rencontrer le 7 février lors d'une réunion consacrée aux carrières et rémunérations, l'occasion d'entrer dans le vif du sujet. Les syndicats n'excluent pas une "mobilisation beaucoup plus large si les choses restent en l'état".

Augmenter les fonctionnaires, combien ça coûte ?
Une hausse d'1% du point d'indice (pour l'instant gelé) coûterait 1,8 milliards d'euros à l'Etat pour la totalité des fonctionnaires (800 millions pour la seule fonction publique d'Etat.

Les fonctionnaires ont-ils perdu du pouvoir d'achat ?
La réponse est oui. En 2011, ces derniers voyaient leur pouvoir d'achat baisser de 1% alors celui des salariés du privé augmentait de 1,2%. En 2012, la baisse se poursuit (-0,8%) chez les fonctionnaires alors que le pouvoir d'achat est stable chez les employés du secteur privé.

Et ailleurs en Europe ?
En Allemagne où les indicateurs sont au vert et où la fonction public a largement réduit ses effectifs bien avant la crise (principalement après la réunification), le syndicat Verdi négocie en ce moment-même une hausse de 6,5% pour les fonctionnaires qui dépendent des Länder. En avril dernier, une augmentation de 6,3% a été accordée aux fonctionnaires d'Etat et aux employés municipaux.
En Espagne où les plans de rigueur se succèdent les fonctionnaires ont souffert d'un gel de leur salaire en 2010 (comme en France), précédé d'une baisse généralisée de 5%. Depuis, ils ont également perdu leur prime de Noël (soit l'équivalent de 7% de leur salaire).


Damien Wanner, ARTE Journal

Edité le : 31-01-13
Dernière mise à jour le : 01-02-13