Taille du texte: + -
Accueil > Monde > ARTE Journal

ARTE Journal

Le journal de l'actualité européenne

> > Fukushima : deux ans après

ARTE Journal - 11/03/13

Fukushima : deux ans après

Lundi 11 mars 2013, 14h46 : le Japon se fige. Des sirènes déchirent le silence recueilli qui s'abat sur l'archipel. En souvenir de ce jour funeste- il y a deux ans exactement – où s'est déchainé sur le Japon une apocalypse en trois temps. D'abord un terrible tremblement de terre. Magnitude 9 sur l'échelle de Richter. Moins d'une heure plus tard un gigantesque tsunami déferle sur le littoral Nord-Est. La vague atteint 20 mètres de haut par endroit. Enfin un accident nucléaire majeur à la centrale de Fukushima. De niveau 7 comme Tchernobyl.

Previous imageNext image
En cette journée de commémoration, dans la tête de tous les japonais ressurgissent ces terribles images de vies englouties, de villes entières emportées par les flots, et bien sûr la célèbre silhouette de la centrale dont on scrute à l'infini les piscines de refroidissement, la zone interdite autour de Fukushima. Morte. Les familles évacuées, hagardes, anéanties.

Les blessures sont longues à cicatriser

Quand la vague reflue, elle laisse derrière elle un paysage de désolation et cette sombre litanie de chiffres : 16000 morts, 3000 disparus, un million de maisons détruites, 17.000.000 de tonnes de débris, dont cinq sont jetés à la mer, 560.000 évacués soit parcequ'ils ont perdu leur maison, soit parcequ'ils fuient les radiations. Le tissu économique de la région est pulvérisé.
Et aujourd'hui, deux ans après ? Les blessures bien sûr ne sont pas refermées. La région du Tohoku, la plus touchée, est entrée dans une longue phase de convalescence. Certaines zones renaissent quand d'autres sont encore complètement à l'abandon. La reconstruction avance trop lentement malgré les moyens colossaux débloqués par l'état nippon : plus de 150 milliards d'euros que le nouveau Premier ministre de droite Shinzo Abe veut encore augmenter pour accélérer les travaux.

300.000 réfugiés attendent toujours un logement

Sur le terrain les progrès sont visibles, de nombreuses infrastructures ont été restaurées. 90% des hôpitaux fonctionnent, 77 % des écoles, 34% des ports de pêche. Mais pour l'heure plus de 300.000 réfugiés vivent toujours dans des préfabriqués et attendent un relogement. Et parmi ceux qui ont quitté la région nombreux sont ceux qui hésitent à rentrer. Il y a la peur de revenir dans une région sinistrée. Les agriculteurs et les pêcheurs ont du mal à vendre leurs produits. Et puis il a toujours la peur de la radioactivité et de ses conséquences à long terme, même si la zone strictement interdite s'amenuise au fur et à mesure que le niveau de radiations descend sous les 20 millisieverts fixés comme limite annuelle au delà de laquelle il faut évacuer.



Risque accru de cancer de la thyroïde pour les petites filles

Pour le moment aucun décès n'a été officiellement attribué aux radiations de Fukushima mais selon les estimations, 2300 survivants seraient morts du stress et des difficultés de tous ordres engendrés par la catastrophe. Et les effets de la radiation sur la santé peuvent encore se déclarer à l'avenir, notamment pour les nourrissons qui ont été exposés, surtout les filles. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) leur chance de développer un jour un cancer de la thyroïde est de 70% supérieur à la moyenne. Après l'accident de Tchernobyl en 1986, une augmentation notable de ce type de cancers avait été notée chez les enfants de la région.
Mais selon le ministère japonais de l'environnement "Ces calculs ont été basées sur l'hypothèse que les gens ont continué de vivre dans cette zone et de manger de la nourriture interdite. Mais ce n'est pas le cas." Toujours selon le ministère cité par l'AFP " les experts sont toujours divisés sur la manière de calculer l'impact d'une exposition à long terme à de faibles doses radioactives."

Parc nucléaire en cours de vérification

Ces incertitudes n'ont pas empêché des dizaines de milliers de japonais de manifester pour demander l'abandon total et rapide de l'énergie nucléaire. Pour le moment seuls deux des 50 réacteurs de l'archipel fonctionnent, les autres sont toujours en cours de vérification. Après Fukushima, tout le parc a été arrêté pour être soumis à des tests de sécurité poussés. Malgré la forte opposition dans l'opinion, l'actuel gouvernement est favorable au redémarrage des réacteurs dont la sécurité aura été établie.

Barbara Lohr / ARTE Journal

à consulter aussi







pour aller plus loin






Edité le : 10-03-13
Dernière mise à jour le : 11-03-13