Quand dire la vérité est une provocation
Paradoxalement, Ali Ferzat se dit très loin de la politique. Il se considère plus comme un artiste, dont la mission est de déranger, d'égratigner, d'ironiser. Ali Ferzat assume ses provocations, car, dit-il, "elles ne fonctionnent que sur les gens corrompus, elles ne choquent que s'il y a quelque chose de négatif en face". En clair, il n'y a que la vérité qui blesse... et toutes les vérités sont bonnes à dire pour Ali Ferzat. Même si, très récemment encore, un film insultant et quelques caricatures au vitriol ont provoqué la colère d'une partie d'une monde musulman, il revendique le droit de n'avoir presque aucune limite. "Personnellement je m'interdis juste de me moquer du Ciel, mais je m'autorise à me moquer des musulmans, des chrétiens et des juifs", avoue-t-il.
Menaces de mort et autocensure
L'histoire s'est bien terminée pour Ferzat, mais de nombreux dessinateurs vivent aujourd'hui dans la peur. "A travers le monde, chaque année, de nombreuses publications sont obligées de fermer boutique à cause d'une caricature déplaisante", nous rappelle Ilaria Fatone, secrétaire générale du collectif "Cartooning for Peace". "Comme le dit Plantu", la bonne santé de cet art est généralement un "baromètre de la démocratie" présice-t-elle. "Par exemple en Libye, avant la révolution ça n'existait pas du tout la caricature... il n'y avait que les murs où les gens osaient parfois quelques graffitis moqueurs à l'égard de Kadhafi". Parmi les dessinateurs exposés, précise la secrétaire générale, certains ont reçu des menaces de mort à l'image de la vénézuélienne Rayma et "même dans nos démocraties occidentales tout n'est pas toujours parfait... si personne ne se sent physiquement menacé, l'autocensure est souvent la règle pour éviter de froisser les décideurs, politiques ou économiques". Difficile mission, donc, que celle d'appuyer là où ça fait mal, de faire réagir ses concitoyens en passant faiblesses de leurs dirigeants sous la loupe grossissante. Un sacerdoce pour Ali Ferzat, "foncièrement en désaccord" et payé pour ça qui nous fait une promesse : celle d'être "là pour égratigner aussi les successeurs de Bachar" quels qu'ils soient, si le régime venait un jour à tomber. Inch'Allah.






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