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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 26 septembre 2010 > le quotidien : les numéros de quai

Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Emission du 26 septembre 2010 - 26/09/10

le quotidien : les numéros de quai

Nikola Obermann est allemande mais elle vit à Paris. Sa mère vient souvent lui rendre visite. Mais sa mère n'aime pas du tout reprendre le train pour rentrer de Paris en Allemagne. Pourquoi ? Vous allez comprendre.

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Ma mère est donc Allemande, comme moi. Et ma mère n’aime pas beaucoup prendre le train entre Paris et Francfort. Pourquoi ?

C’est que ma mère aime arriver à la gare largement à l’avance. Trente minutes avant le départ du train, la voici gare de l’Est, mais là, impossible de savoir sur quelle voie circule le train pour Francfort.

Car le numéro de la voie n’est indiqué que 20 minutes avant le départ du train. Elle attend donc au buffet de la gare, avant d’aller consulter avec anxiété le moment venu le grand écran situé au plein milieu de la gare : son train part de la voie 5.

Course folle jusqu’à la voie 5, voire jusqu’à la tête du train – si elle joue de malchance. Et oui, c’est comme ça à Paris : ma mère, qui voudrait s’installer à sa place une demi-heure avant le départ, attrape toujours le train "à la dernière minute". 

Autre pays, autres mœurs. En Allemagne, ma mère sait pratiquement un an à l’avance de quel quai va partir le train qui relie Francfort à Paris.

C’est le quai numéro 3. L’information figure sur les fiches horaires et autres dépliants de la "Deutsche Bahn", ainsi que sur les grandes affiches jaunes qui, dans les gares, indiquent les trains au départ. Tous les trains y sont répertoriés – avec les horaires, les gares desservies, le terminus et le numéro de la voie.

Pourquoi les Allemands procèdent-ils ainsi ? Parce que l’infrastructure de l’Allemagne n’est pas celle de la France, répond la "Deutsche Bahn". Outre-Rhin, il faut changer plus souvent pour aller d’un point A à un point B, le réseau n’étant pas centralisé comme en France.

Et si le numéro de la voie est connu par avance, le voyageur bataille nettement moins pour trouver sa correspondance - ce qui permet de gagner du temps. Et la "Deutsche Bahn" de poursuivre : rien que pour ça, cela vaut la peine d’adopter le système allemand. 

La SNCF rétorque que, si elle le voulait, elle pourrait elle aussi communiquer les numéros de quai à l’avance. Mais voilà, elle préfère ne pas le faire – et pour cause ! Quand un train a du retard à l’arrivée ou au départ, il bloque la voie, ce qui risque de retarder le train suivant et de fil en aiguille de retarder tous les trains partant de cette voie.

Résultat : les Français préfèrent ne rien planifier du tout et aiguiller les trains là où il y a de la place. Et c’est seulement quand le numéro de quai est sûr à 100 % que la SNCF donne l’information aux voyageurs.

L’avantage, explique la SNCF, c’est qu’on évite ainsi les annonces par haut-parleurs et les migrations de voyageurs déboussolés – un scénario classique Outre-Rhin, dès qu’un retard de train vient enrayer la mécanique bien huilée.

En résumé : les Français tablent sur des problèmes potentiels, les Allemands se disent que tout va rouler.

Vous vous demandez sans doute si ces différences d’approche sont dûes au fait qu’il y a plus de trains en retard en France qu’en Allemagne ? Eh bien, non. La "Deutsche Bahn", tout comme la SNCF affichent officiellement 10 % de trains en retard.

Edité le : 23-09-10
Dernière mise à jour le : 16-05-12