Václav Klaus dans le texte : « Je voulais exprimer ma consternation et ma déception sur le vote de la semaine dernière. » Car, sur le vœu explicite du Premier ministre sortant Mirek Topolánek, une énorme majorité de 54 sénateurs (sur 79) s’est exprimée en faveur du traité de Lisbonne le 6 mai 2009. « Certains sénateurs ont cédé à des pressions politiques et médiatiques, internes et internationales. Ils ont trahi leurs convictions longtemps défendues et ratifié ce traité de Lisbonne », commente Klaus. « Ils ont ainsi détruit les intérêts à long terme de la République tchèque. » Blasé, l’ancien dissident ajoute : « C’ est une nouvelle preuve de la mauvaise foi de nos élites politiques, une mauvaise foi que nous avons connue si souvent dans notre histoire. »
Mais ce n’était qu’une introduction, car le chef de l’État explique alors ce qu’il pense de sa nation : « Nous sommes un pays de lâches, de petits et de faibles. Notre pays ne signifie rien dans le contexte européen. Nous devons nous soumettre, même si nous ne sommes pas d’accord. » Un pays certes petit, mais avec un forte capacité de nuisance : « Mais ne précipitions pas les choses : le traité de Lisbonne est pour le moment mort – mort et enterré. Puisqu’il a été rejeté par un pays membre, l’Irlande, par référendum. » C’est pourquoi « je ne ratifierai pas ce traité avant que toutes les institutions, tchèques et européennes, ne donnent leur feu vert. »
Václav Klaus est donc de retour. Juste après cette allocution, il a reçu dans sa résidence au château de Prague des représentants du parti Libertas du millionnaire irlandais Decan Ganley, pour s’entretenir avec eux sur les possibilités d’un nouveau rejet irlandais du traité de Lisbonne lors du référendum de novembre prochain. Et la suivante visite à l’ordre du jour ? Un groupe de sénateurs qui avaient rejeté le traité lors du vote dans la chambre haute du Parlement tchèque. Leur projet pour l’été : porter plainte contre le texte auprès de la Cour suprême pour « atteinte à l’intégrité nationale ». Une démarche qui doit permettre aux ennemis du traité de gagner du temps – pour retarder sa ratification. Car la Cour suprême pourrait bien prendre cinq à huit mois pour examiner la plainte. « On ne pense pas vraiment que notre demande soit acceptée », a observé à cette occasion le sénateur Jaroslav Kubera. « Mais, au moins, les gars à Bruxelles auront un peu peur de nous… » Qui pourra encore dire que la République tchèque est un pays de faibles et de lâches ?
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