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Chroniques praguoises

Chronique hebdomadaire sur la vie politique et culturelle en République tchèque.

> N° 23 La débâcle

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La débâcle

En janvier 2009, une présidence tchèque naissante avait promis, pleine d’enthousiasme « plus de douceur » à l'Europe. L'équipe gouvernementale autour du Premier ministre Mirek Topolánek, du ministre des Affaires étrangères Karl Schwarzenberg et du Vice-Premier ministre aux Affaires européennes Alexandr Vondra voulait gérer la crise économique, créer une « Europe sans frontières », garantir la sécurité énergétique de l'Europe et, surtout, intéresser à nouveau sa population au projet européen. Six mois après, ce gouvernement n'existe plus. Les réponses à la crise économique internationale sont restées exclusivement nationales. Une crise institutionnelle profonde et des particularismes régionaux rendent pour le moment impossibles de futurs élargissements. La République tchèque est un des pays qui respectent le moins les accords énergétiques de l'Union européenne. Et 72% des Tchèques ne sont pas allés voter lors des dernières Européennes. Après six mois, l'addition de la présidence tchèque s'annonce donc salée…


Cette parodie du spot publicitaire de la présidence tchèque de l'UE, qui militait dès novembre 2008 pour une Europe « plus sucrée, plus douce » s'achève sur le slogan : « nous avons salé l'Europe », c'est-à-dire : nous avons versé du sel dans les plaies européennes. Il faut admettre que la République tchèque a pris les rênes de l'Europe à un moment où ces plaies étaient déjà grandes : la crise financière internationale réduisait considérablement la marge de manœuvre et une crise institutionnelle sans précédant rendait difficile toute prise de décision. Mais, après plusieurs petits échecs, ce fut la chute du gouvernement de Prague en mars 2009 qui fit tourner cette présidence en débâcle.

Le bilan que l'on peut dresser après six mois est donc désastreux : en matière d'économie, la présidence tchèque n'a jamais manifesté le moindre intérêt pour un plan de relance au niveau européen, puisqu'elle en craignait les retombées au niveau national. « L'Europe sans frontières », qui fut le slogan et la principale promesse de Prague, n'a pas avancé d'un pas : la crise des institutions rend presque inimaginable un futur élargissement avant l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne (si le président tchèque Vaclav Klaus se déclare un jour prêt à le signer). La conférence pour un partenariat pour l’Europe orientale en mai n’a guère suscité d’intérêt. Et le conflit frontalier entre la Slovénie et la Croatie, dont la résolution est une des clés pour les élargissements à venir, n'a pas connu d'avancées. En matière de sécurité énergétique, enfin, aucune position commune sur les futurs approvisionnements en gaz russe de l'Union n’a été trouvé. Sans parler du fait que le paquet énergie-climat, qui pourrait au moins établir les priorités internes de l'UE, est toujours critiqué avec véhémence par la quasi-totalité de la classe politique tchèque.

Mais c'est bien l'ultime des priorités qui constitue l'échec le plus cuisant de la présidence tchèque et qui explique le mieux ce qui s'est passé au cours de ces derniers mois : alors que 60% des Tchèques déclaraient en janvier être de « fiers Européens », les luttes nationales entre le gouvernement et l'opposition ont abouti à un discrédit général envers la politique. Le résultat : 28% des Tchèques se sont déplacés pour élire leurs députés européens les 5 et 6 juin. Un score tellement bas qu'il devrait inquiéter (et, de fait, inquiète) tout système démocratique. Peut-être que cette présidence aura donc au moins servi à la population tchèque pour qu’elle se rende compte de l’absence totale de vertu, au sens le plus noble du terme, du manque de solidarité et de l’égoïsme d'une bonne partie de sa classe politique.



Alexander Knetig
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Edité le : 11-04-09
Dernière mise à jour le : 16-06-09

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