Ces deux spots publicitaires résument bien le ton de la politique tchèque depuis plusieurs années : le Parti socialiste fait parler des citoyens – retraités, étudiants, parents – qui accusent la droite d’être « des tarés » et qui incite à voter socialiste pour « plus de sécurité ». L’ODS fait défiler des images avec Mirek Topolánek, saluant des leaders du monde entier. Le spot se termine sur l’ancien Premier ministre souriant, à côté du leader social-démocrate Jiří Paroubek qui sort des flammes de l’enfer, dans une scène véritablement dantesque. Le message : « Topolánek : řešení ; Paroubek : strašení » (Topolánek : la solution ; Paroubek : la peur).
Le résultat d’une telle campagne sale : les citoyens préfèrent faire autre chose que voter. Un problème bien au-delà des élections européennes, car même pour les législatives, les taux de participation excèdent de très peu les 50%. Par conséquent, aucun des partis ne peut revendiquer une véritable légitimité démocratique. Même pas l’ODS, qui apparaît comme la grande gagnante du scrutin, avec plus de 31% des voix. D’autant plus que la victoire de l’ODS ne peut pas être assimilée à une victoire du Parti populaire européen (PPE) : à la suite de « différences de taille » avec des courants jugés trop « pro-européens », l’ODS et le Parti conservateur britannique ont annoncé la semaine dernière la fondation d’un nouveau parti de droite au Parlement européen, en dehors du PPE.
Le Parti social-démocrate tchèque (ČSSD), qui arrive en deuxième position avec 23% (ce qui signifie un plus de 12% par rapport à 2004), s’est déclaré vainqueur. Mais l’écart avec l’ODS est clair. Malgré son augmentation nette, le ČSSD reste donc quelque peu sur sa faim, tout comme les Libéraux et les Communistes, qui atteignent des scores honorables de respectivement 14% et 8%, mais qui s’attendaient à bien plus. Ils font toujours mieux que les Verts, dont l’effondrement électoral (entre 3 et 4%) est la grande surprise du scrutin, dans un contexte européen qui a plutôt vu surgir dimanche dernier un mouvement écologiste européen avec lequel il faudra compter dans le futur. Le chef du parti, Martin Bursík, en a tiré les conséquences et s’est retiré de la vie politique.
Mais cette impressionnante liste de perdants ne pourrait être complète sans le nom d’un personnage fondamental de la scène politique qui a également essuyé un nouvel échec cette semaine : le président Vàclav Klaus. Car les deux partis ouvertement eurosceptiques qu’il avait soutenus, à savoir le Parti des citoyens libres ainsi que le clone tchèque du parti Libertas, n’ont pas réussi à intéresser plus de 2% de la population. Un nouveau désaveu des Tchèques à l'égard de leur président,. Mais ce dernier ne semble pas s’en inquiéter. N’avait-il pas déclaré la veille du vote ce qu’il pensait vraiment de ce scrutin : « Les élections européennes sont parfaitement inutiles. Tout ça ne sert tout simplement à rien. »
Alexander Knetig









RSS
Facebook
Twitter
vos commentaires
0 commentaire(s)
Réagir