« C’est ici que j’habite ! » nous crie le réalisateur Ibrahim El Batout dans la bousculade d’une manifestation anti-Morsi sur la place Tahrir. En février 2011, il s’est vite saisi de sa caméra et a tourné les premières images de son long métrage, L’Hiver du mécontentement. Le film, qui raconte de manière saisissante le drame d’un blogueur pendant les journées de la révolution, a été projeté cette année au festival de Venise.
Non loin de la place Tahrir, la street-artiste Layla peint un smiley géant sur les barricades de béton de la police, pour donner du courage à ceux qui luttent. Bassem Youssef nous retrouve après son show télévisé. Avant la révolution, il était un simple médecin qui postait des messages satiriques sur YouTube. Maintenant, il est le plus célèbre humoriste et animateur de talkshows du pays. Ses émissions, calquées sur le modèle américain, sont des critiques féroces du président Morsi et des Frères musulmans.
La censure n’a pas réapparue mais elle hante les esprits. Pourtant, tous ceux que nous avons rencontrés sont unanimement d’accord sur un point : ni les artistes ni le peuple égyptien ne se laisseront museler sans combattre. « Regardez autour de vous, les gens se parlent » dit Ibrahim El Batout dans le vieux Caire. « Soudain, ils ont tous une opinion, et ils échangent ».
Ibrahim El Batout nous emmène au Café Riche, depuis 1908 un haut-lieu de la vie intellectuelle. C’est ici déjà que l’on a comploté contre Nasser, que l’on a tissé des liens avec l’avant-garde européenne. Le Café Riche se trouve en plein centre, environné d’immeubles Art déco, certes un peu délabrés, mais l’héritage européen est évident. Nous ne sommes pas ici dans le Caire qui fait la une du journal de vingt heures. « L’Art déco s’était inspiré de formes conçues par l’Égypte ancienne, et c’est dans ce style que les architectes européens sont venus construire chez nous » explique Ibrahim El Batout.
C’est ce Caire que montre Metropolis, là où des traditions orientales, africaines, européennes, musulmanes et chrétiennes se rejoignent en un extraordinaire métissage.
La graffeuse Layla Magued au Caire (en anglais) :
La graffeuse Layla Magued explique l'action "No-Wall" (en anglais) :






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