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ARTE Journal - 29/10/13

Crise en Bretagne : les racines du mal

Jean-Marc Ayrault a confirmé le 29 octobre la suspension sur l'ensemble du territoire de l'écotaxe, pour laisser le temps au dialogue sur ce sujet qui suscite de fortes oppositions en Bretagne. Des spécialistes de l'économie bretonne reviennent sur les causes de la crise de l'agroalimentaire breton, et proposent des solutions pour sortir de l'ornière.

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Les irréductibles Bretons ont gagné la partie. Provisoirement en tout cas. Le Premier consul Jean-Marc Ayrault a dû reculer devant la détermination des paysans. Non, la taxe écologique ne franchira pas les portiques des routes bretonnes. Ni ceux du reste de la Gaule d'ailleurs.

L'application de l'écotaxe est suspendue sur l'ensemble du territoire. Un report qui perdurera pendant plusieurs mois "pour donner le temps nécessaire au dialogue, et à l'élaboration d'un plan pour la Bretagne", selon Jean-Marc Ayrault.

Tout l'agroalimentaire est touché

La Bretagne est touchée de plein fouet par la crise de l'agroalimentaire, qui représente un tiers des emplois dans la région. Ces derniers mois ont été marqués par une litanie de mauvaises nouvelles, suscitant la colère et le désespoir de milliers de salariés : restructuration chez le volailler Doux -avec la suppression de 1.000 emplois- réduction de la production chez son concurrent Tilly-Sabco et fermeture de deux usines par le N°1 du saumon fumé, le norvégien Marine Harvest, touchant 400 emplois.

Dernier séisme : la fermeture par le groupe Gad d'un de ses abattoirs, dans le nord-Finistère, accompagnée du licenciement de près de 900 personnes.

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En cause, un secteur agroalimentaire développée selon une logique industrielle à partir des années 60, avec des filières porcs et volailles construites sur des produits à faible valeur ajoutée. "Elles se sont trouvées confrontées à l'ouverture économique du marché alimentaire au marché mondial", explique Jean-Luc Perrot, directeur de Valorial, un pôle de compétitivité breton dédié à l'agroalimentaire.

Conséquence, les abattoirs subissent de plein fouet la concurrence allemande notamment, à faible coût de main d'oeuvre. Quant à Doux et Tilly-Sabco, principaux exportateurs de volailles en Europe, ils font face à la fin des aides européennes, qui les aidaient à exporter en restant compétitifs face aux poulets brésiliens entre autres.

Des produits à plus grande valeur ajoutée

Aujourd'hui, la Bretagne se trouve face à un défi, estiment certains experts. Romain Pasquier, directeur de recherches au CNRS, soutient qu'il faut "reconstruire une industrie agroalimentaire mieux positionnée, avec des produits transformés à plus grande valeur ajoutée, moins gourmande en énergie, plus raisonnée". Bref, garder une économie de production mais la faire monter en gamme.

D'ailleurs, selon plusieurs spécialistes, la région possède de nombreux atouts pour rebondir. A commencer par une main d'oeuvre compétente, et un terroir idéal pour l'agriculture.

Jean-Luc Perrot se dit optimiste. Notamment parce qu'à côté des secteurs en difficulté, "il y en a plein d'autres, en plein développement, qui investissent, cherchent des nouveaux marchés, veulent exporter". Et Jean-Luc Perrot de citer "les produits traiteurs, les ingrédients, la charcuterie-salaison, la boulangerie-viennoiserie, même dans les secteurs de la volaille".



La Bretagne est sur une tendance favorable

Selon Laurent Davezies, économiste spécialiste des territoires, "l'économie bretonne est portée par de nombreux secteurs, notamment le tourisme et l'économie des retraites, qui apportent des revenus considérables. Et dans le contexte actuel, la Bretagne est sur une tendance beaucoup plus favorable que les autres régions".

Pour sortir de la crise, Romain Pasquier développe un argument politique: "il faut expérimenter en Bretagne une régionalisation de la politique agricole, donner aux acteurs bretons les moyens d'assumer la transition dans laquelle est engagé le secteur agroalimentaire".

Et certains, de penser très fort au plan pour la Bretagne évoqué par le Président de la République. Problème, selon Laurent Davezies, "Si on décide d'un plan Marshall pour la Bretagne uniquement, il risque d'y avoir une longue file d'attente dans la cour de Matignon".

France / Allemagne : que rapporte l'écotaxe ?
Avec son écotaxe sur le transport, la France comptait sur des recettes s’élevant à 1,15 milliards d’euros par an. 750 millions d’euros revenant à l’agence de financement des infrastructures, 150 millions aux collectivités locales et 250 millions pour couvrir les frais d’exploitation – ce qui représente un total de plus de 22%.
Les sommes escomptées peuvent-elles être atteintes ? En 2012, l’Allemagne avait estimé les recettes de sa taxe nommée LKW-MAUT à quelque 4,75 milliards. Mais seuls 4,5 milliards ont été collectés, c’est-à-dire 250 millions de moins. 3,4 milliards ont majoritairement été réinvestis dans le réseau routier, et des aides compensatoires ont par ailleurs été versées aux Länder. En Allemagne, la mise en place du système n’a englouti en tout et pour tout que 13% des recettes, c’est-à-dire 602 millions d’euros.
En Allemagne, il n'y a pas d'exceptions régionales comme en France. Outre-Rhin, les poids lourds supérieurs à 12 tonnes paient leur dû sur toutes les autoroutes et quelques nationales. La solution française s’annonce déjà comme un patchwork compliqué. Le montant de la taxe doit varier selon les régions : 50 % d’exonération en Bretagne, 30 % en Midi-Pyrénées et en Aquitaine.

David Arnold

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Edité le : 29-10-13
Dernière mise à jour le : 29-10-13