
De Gaspard Noé
(2009, France, 2h40)
Avec Paz De La Huerta, Nathaniel Brown, Cyril Roy…

Critique : Encouragé par le succès commercial d’ « Irréversible » (2002), Gaspard Noé réalise à présent son grand œuvre, celui à l’occasion duquel il ne se bridera d’aucune manière. Le temps (rappelez-vous, celui qui détruit tout) est désormais aussi distendu que les pupilles des protagonistes sont dilatées, les trajets sont erratiques mais répétés à l’infini, et les conversations incertaines : Oscar est mort, c’est la nuit et comme tout le monde est défoncé, difficile d’y voir clair.
On veut bien souscrire au genre du stoner movie, surtout s’il nous en est proposé ici une nouvelle déclinaison en spirales (celles de la musique de Thomas Bangalter et celles des mouvements de caméra fixés à une grue). Cependant, la dichotomie abyssale entre la prétention épique du film et sa candeur peut en désarçonner beaucoup, puis les lasser.
« Enter the Void » paraît toutefois moins antipathique qu’ « Irréversible » grâce à ses références incessantes au « Livre des morts tibétains » et au souci de Noé de ne pas seulement laisser dériver ses beaux anges déchus dans toutes les directions offertes par la mégalopole de Tokyo, mais aussi de les rattraper, de leur offrir une issue. Pourtant ils n’existent guère, et ce souci infructueux de les suivre produit un film interminable et filandreux (du moins dans sa version actuelle, non définitive). L’interprétation hasardeuse et les dialogues candides n’arrangent rien. Quant au sexe, il est filmé sans grande inspiration, le comble ! Enfin, La régression supposément associée à la culture pop japonaise, ce rose clignotant des jouets collectionnés et entassés dans des appartements minuscules par des adultes, pourrait justifier le tournage à Tokyo. Mais la piste est là encore peu travaillée, au profit de la seule prouesse visuelle. Et ne parlons pas du thème de l’innocence perdue et du retour au stade virginal obtenu par les drogues, limité à l’écran à un nombre incalculable de plans sur des personnages en position fœtale.
Après une première demi heure intrigante, et avant un final très ludique, les tréfonds psychédéliques de la nuit tokyoïte se limitent dans la version actuelle d’ « Enter the Void » à deux heures de soli de caméra, aussi bavards qu’une démonstration des guitaristes Patrick Rondat et Joe Satriani. C’est d’autant plus dommage qu’à l’inverse d’ « Irréversible », on avait envie cette fois d’aimer la performance de Gaspard Noé.
Julien Welter







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