
Un film de Terry Gilliam
(UK/Canada, 2009, 122 mn)
Avec Heath Ledger, Christopher Plummer, Lily Cole, Tom Waits…

Critique : Cette fable extravagante, sombre et rococco tourne autour de l’univers branque du docteur Parnassus, un moine immortel devenu saltimbanque qui tente de convertir ses spectateurs à la religion de l’imaginaire. L’étrange caravane de sa petite troupe se déglingue au fur et à mesure des représentations de pantomime qu’elle donne devant quelques poivrots la nuit. Mais quand le diable vient réclamer son dû, le docteur n’a d’autre choix que de battre le rappel de ses troupes devant la menace qui pèse sur sa fille Valentina (la jolie Lily Cole). Ce début de film ressemble trait pour trait à un autre que Terry Gilliam a réalisé il y a vingt ans. Dans « Les Aventures du Baron Munchausen » une troupe de théâtre tente de donner une représentation pendant le siège d’une ville quand arrive un homme très âgé qui affirme que la pièce n’est que mensonges, que lui, le vrai Baron, doit raconter sa vraie histoire. Le Baron et le Docteur possèdent pas mal de points communs outre leur ressemblance physique (les magnifiques John Neville et Christopher Plummer) et leur goût immodéré pour les contes, ils partagent une même vision du monde, celle de Gilliam, grinçante mais idéaliste. Et comme « Fisher King » (1991), le Docteur Parnassus, le moine conteur, a une âme de vagabond rêveur, de clochard magnifique voire céleste.
Dans cette ultime fantasmagorie, Terry Gilliam emprunte et transforme l’imagerie populaire des contes et merveilles, des mythes et du jeu de tarot. Il prête au rival de Parnassus, le Diable en personne, surnommé ici Nick, les traits (et la voix rocailleuse) de l’immense Tow Waits, un Satan dandy et parieur invétéré. Le pendu de l’histoire, Tony, un escroc piégé par la mafia russe, est incarné par feu Heath Ledger dont c’est la dernière performance. Cela fend le coeur de le voir apparaître une dernière fois à l’écran, d’abord pendu ressuscité sous un pont de Londres puis bateleur de foire au bagou irrésistible, puis Pierrot beau parleur qui séduit Colombine. Sans que le trait ne paraisse forcé, Tony prend ensuite les traits de Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell dans le monde imaginaire de Parnassus. Comme toujours avec Gilliam, se cache derrière une apparente naïveté une belle réflexion sur l’époque, mi-satirique, mi-onirique et beaucoup de beaux symboles. Derrière le miroir de Parnassus, chacun évolue dans son propre univers, la frontière entre réalité et fiction s’estompe. Tout devient une histoire qui doit être racontée, faute de quoi le monde pourrait s’effondrer sur lui-même… Il n’y a donc qu’un pas de ce faux miroir à l’écran et de l’ « Imaginarium » de Parnassus au cinéma. Tony vend d’ailleurs cette « religion » à une femme en lui montrant des images des « martyrs » James Dean et Marilyn à qui a été offert la jeunesse éternelle. Mais quand l’histoire est racontée, elle est parfois rattrapée par la réalité. Et comme le dit le sage Parnassus sur l’éternelle question de la happy end : ce n’est pas vraiment possible… mais pourvu que la ballade soit belle....
Delphine Valloire








( note Arte: 4 )



RSS
Facebook
Twitter