"L'Angleterre est une chienne, on ne peut pas s'en défaire, L'Angleterre est une chienne, on ne peut pas lui échapper."
En 80, scandale sur la BBC. Le chanteur Linton Kwesi Johnson déclame a cappella son tube "Inglan Is A Bitch", "l'Angleterre est une chienne" racontant le quotidien des immigrés jamaïcains à Londres.
LKJ écrit la bande-son d'un monde en colère, celui de l'Angleterre des années Thatcher.
Alors que les Clash chantent "White Riot" , LKJ autoproclamé "le poète dub" décrit les émeutes qui secouent alors les quartiers noirs de Londres, de Notting Hill à Brixton. Mais pour LKJ la musique reggae n'était pas une vocation, "je voulais simplement exprimer ma poésie à un large public et je me suis dit que la musique était profondément liée à la poésie, que c'était un vaisseau qui me permettrait d'apporter les mots à un plus large public, et là je suis devenu artiste de reggae, mais je ne l'avais pas planifié."
Le village de naissance de Linton Kwesi Johnson, Chapelton: quelques maisons en bordure de la route, en pleine campagne au nord de Kingston. En 52, dix ans avant son indépendance, la Jamaïque n'a pas encore inventé le reggae, ni même le ska. Pour Linton, c'est l'age d'or. En 63, Linton quitte la Jamaïque pour Brixton, le ghetto antillais de Londres…. Il ne s'attendait pas vraiment à ce qu'il allait y trouver, "J'étais très déçu, je croyais que l'Angleterre était un pays magnifique. J'avais ces images de mon enfance des rues de Londres pavées d'or. Et puis je vois ces grands immeubles gris et moches avec la fumée qui sort des cheminées… J'ai voulu repartir tout de suite en Jamaïque." Londres, c'est Little Jamaica : 400 000 antillais parachutés dans la grisaille, quand toute la Jamaïque ne compte que 2 millions d'habitants.
Dès le début des seventies, Linton Kwesi Johnson s'immerge dans la culture des Soundsystems. Un monde sur orbite alors que l'Angleterre blanche, elle, carbure au Glam Rock. LKJ parle d'un "environnement racialement très hostile, alors on a rapidement développé une solidarité entre nous. On a créé une contre-culture de résistance au racisme, et l'épicentre de cette contre-culture c'était le reggae."
Étudiant en sociologie, LKJ entre à la rédaction d'une revue militant pour la cause noire, "Race Today". Il y écrit ses premiers poèmes sur fond de reggae. C'est la "Dub Poetry"
Folie, folie nouée sur les têtes des rebelles.
L'amertume surgit comme une explosion
Briser le verre.
Rituels du sang sur le bûcher, attisés par un cruel combat
Cinq nuits d'horreur et de sang
Briser le verre. Lames froides aiguisées comme l'oeil de la haine et des
coups de poignards.
C'est la guerre parmi les rebelles. Folie folie, guerre.
Socialiste, proche des Black Panthers, LKJ est de tous les combats des Noirs Anglais. Pour lui, la musique est un moyen supplémentaire de propager ses idées. Au début des années 1980, ses albums se vendent dans le monde entier. En 2006, LKJ est le premier jamaïcain à décrocher les honneurs de la prestigieuse maison d'édition des classiques anglais Penguin books. Invité à Paris par le Festival Vibrations Caraïbes, il abandonne son groupe pour réciter ses poèmes a capella.
"Dans l'histoire du peuple noir en Angleterre, j'appartiens à la seconde génération. (...) La Génération Rebelle, parce que (...) nous avons refusé d'accepter les choses que nos parents avaient acceptées contre leur gré."
Liens
- LKJ sur myspace
- Festival Vibrations Caraïbes
- LKJ sur Wikipedia
- LkjRecords
- “Babylon” un film de Franco Rosso (DVD, 2008, Icon Home entertainment)
Infos
- “Babylon”
Le DVD est disponible chez Icon Home entertainment
>> Le Site Myspace
Franco Rosso est un cinéaste d'origine italienne. Il réalise "Babylon" en 1980, le film raconte la communauté noire de Brixton, à un moment où les tensions raciales meurtrissaient profondemment la société anglaise. En bonus du DVD, un documentaire de 45 mn sur le poète dub Linton Kwesi Johnson: “Dread Beat an’ Blood”.
- Festival Vibrations Caraïbes
>>Site Officiel







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