L'entreprise et la vie d'artiste, deux concepts opposés ? Pas dans le monde parallèle des entreprises critiques, ces entités hybrides qui mêlent l'art aux costars-cravates.
Ouest Lumière Ils sculptent des organigrammes et transforment les conseils d'administration en performance, les PDG artistes mettent l'entreprise en boîte. Exécution.
"Ouest Lumière" ne rigole pas avec l'espionnage industriel. Avec deux cent cinquante sept actionnaires et plus de cent mille abonnés à travers le monde, les enjeux sont monstrueux. L'entreprise a lancé en 2006 une vaste campagne publicitaire sur trois ans au Rajasthan. En France, plus de quatre mille affiches vantent les bienfaits de la compagnie. Récemment, "Ouest Lumière" a profité du krach boursier pour récupérer les bureaux de Lehmann Brothers à Manhathan. Son président Yann Toma a même été reçu au siège de l'ONU à New York.
En 91, Yann Toma réactive la société "Ouest Lumière" et rachète ses locaux laissés à l'abandon depuis 46 avec la nationalisation de l'électricité en France. Son objectif : créer une entreprise artistique. Car "Ouest Lumière" a tous les attributs d'une multinationale sauf qu'elle produit de l'art. Une façon pour l'artiste PDG Yann Toma d'exercer un regard critique et cynique sur l'un des fondements sacrés de nos sociétés modernes : l'entreprise. C'est dans une cave parisienne aux allures de bunker que Yann Toma a installé son quartier général d'où il dirige les activités de "Ouest Lumière".
Contrairement aux apparences, Yann Toma ne s'est pas pris les doigts dans la prise. Sa firme se déploie inlassablement. Elle propose à ses abonnés de faire rejaillir l'énergie artistique présente en chacun de nous grâce à des séances de flux radiants.
Les entreprises artistiques ont leur bible écrite en 2008 par l'artiste-chercheur Yann Toma et leur messie : Iain Baxter. En 66, l'artiste canadien fonde la "N.E. Thing Company", trois ans plus tard, le journal officiel de Vancouver inscrit la société dans ses registres et fait entrer pour la première fois le geste artistique dans le monde des affaires. Depuis, des dizaines d'artistes exploitent le filon.
EToy Corporation Créée par un collectif de Zurich, la "E Toy Corporation" pénètre le sanctuaire de l'économie de marché en se faisant coter en bourse. En 2000, la firme expose à New York ses actions qu'elle propose à la vente comme des tableaux de maîtres.
On compte désormais près d'une vingtaine d'entreprises artistiques disséminées sur la planète. Certaines font même des dégâts dans l'économie réelle. Les interventions des Yesmen, chevaliers blancs de la lutte contre la World Company, donnent régulièrement des sueurs froides à Wall Street.
Benjamin Sabatier - IBK Avec "IBK" pour "International Benjamin's Kit", Benjamin Sabatier marche sur les plates-bandes du géant de l'ameublement suédois. Objectif de sa marque créée en 2001: permettre au plus grand nombre de réaliser soi-même une oeuvre d'art. Cet artiste français de trente-trois ans qui a fait ses classes auprès du graphiste peintre Keith Haring fait des miracles avec des bacs à glaçons et quelques feuilles de choux. Benjamin Sabatier ne se limite pas à singer l'entreprise mais tente de redonner du savoir au consommateur et de le métamorphoser en producteur.
Maël le Mée À l'affût de nouveaux débouchés économiques, l'artiste Maël le Mée a inventé le concept de chirurgie domestique. Le catalogue de son institut fourmille de produits qui simplifient la vie : comme la dentition stomacale permettant de digérer plus vite. Bon appétit!
Tracks
mardi, 12 octobre 2010 à 05:00
Pas de rediffusion
(France, 2010, 52mn)
ARTE F
Edité le : 04-10-10
Dernière mise à jour le : 07-10-10